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Kusen donné à la sesshin d’automne 2023

Le kusen est l’enseignement vivant donné pendant la pratique dans le dojo. Au cours de notre dernière sesshin, dirigée par Raphaël Doko Triet , nous avons entendu l’enseignement suivant :

“Lorsque Kodo Sawaki était jeune, il travaillait durement dans un temple. Il était aux cuisines, épluchant, lavant, passant la serpillère. Toujours houspillé par le tenzo. Un soir, fatigué, il s’assoit dans la cuisine et fait zazen. Plus tard, le tenzo passant par-là, le voit et fait gassho, puis se retire. Sawaki est tout à fait impressionné. Ce n’est pas devant Sawaki mais devant zazen que, naturellement, le tenzo ne peut faire autre chose que s’incliner et faire gassho. Cela ne peut être bougé, comme une montagne, comme un océan.

Étudier le Genjō kōan (現成公案)*, c’est l’inviter dans notre vie, dans notre bas ventre. Avec la respiration, comme une vague, qui vient terminer sa course. La posture des mains contre le bas ventre, l’océan du Dharma. Cette partie du bas ventre, en-dessous du nombril, s’appelle kikai, l’océan de l’énergie. C’est là que les eaux de l’océan du Dharma et de l’océan de l’énergie se mélangent.”

*Le Genjō kōan (現成公案) est un texte du Shōbōgenzō (“Le Trésor de l’Œil de la Vraie Loi“), le chef-d’œuvre de Dōgen, fondateur de l’école zen Sōtō.

 

Enseignement, Kusen

Le corps/esprit en zazen

Par Michel Go Shin Ménard

 

Maître Deshimaru disait souvent que zazen, c’est retourner à la condition originelle, normale du corps et de l’esprit. Mais qu’est-ce que cela signifie?

A l’origine, l’esprit de chacun est calme et tranquille. Au fil du temps, nous avons donné à notre esprit la possibilité  de se disperser dans toutes les directions, de saisir toutes les choses qui lui paraissent divertissantes ou excitantes.

Pascal, ce grand penseur du 17e siècle disait : « J’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas pouvoir rester tranquille dans une chambre. » Les paroles de Bouddha sont semblables : « Pratiquer la Voie c’est comme rentrer chez soi et s’asseoir en paix. »

Pour zazen, la posture d’éveil du Bouddha, il est important de pratiquer dans des circonstances favorables : dans un endroit qui ne soit ni trop chaud ni trop froid, ni trop éclairé ni trop sombre, où on se sent en sécurité, où l’on n’a pas peur. L’éducation zen passe en premier lieu à travers le corps, d’où l’importance donnée à la posture, de sans cesse réajuster la posture, à l’équilibre entre tension et détente. Kodo Sawaki a dit : « Pratiquer zazen, c’est comme rouler en bicyclette . » Vous devez pédaler continuellement et, pour maintenir la direction, vous devez effectuer sans arrêt de petits mouvements avec le guidon. C’est être ni relâché ni tendu, ce qui favorise une bonne respiration.

Les points toniques sont la cinquième vertèbre lombaire, la nuque, les pouces. Les points détendus sont l’abdomen, les épaules, le visage. La posture elle-même influence directement l’activité cérébrale. Bien sur, en corrigeant l’attitude de l’esprit il est aussi possible de ramener le corps à une juste harmonie. On dit que la tête doit demeurer froide. Petit à petit, on découvre que toute cette activité cérébrale n’est pas le coeur de notre existence : il est simplement avec nous et c’est tout.

C’est penser à travers la posture. C’est seulement à travers la posture et la respiration que l’esprit pourra se reposer. Peu à peu la distinction entre corps et esprit se réduit et inconsciemment et naturellement, on en réalise l’unité. C’est penser avec l’esprit vaste, l’esprit de Bouddha, l’esprit du silence du cosmos, l’esprit limpide comme un miroir où tout apparaît et disparaît dans un éclair. C’est comme le ciel traversé par les nuages. Qu’ils soient rares ou nombreux, quelles que soient leur forme ou leur couleur ils n’altèrent ni ne dérangent le ciel.

Sur le signet de notre dojo, on retrouve une phrase qui dit : « Lorsque l’esprit ne demeure sur rien, le véritable esprit apparaît. » C’est une phrase du Sutra du Diamant qui nous rappelle que nous pouvons à chaque instant, éveiller notre esprit, en ne demeurant en aucun lieu et sans s’arrêter, se fixer sur aucun objet en particulier. Dans la vie, chacun travaille avec un but, avec une idée, un objectif à atteindre; mais la vie spirituelle la plus élevée pour l’homme ne peut être atteinte que là où il n’y a plus de recherche de profit, ni aucune peur de perdre, là où notre vie se consume pleinement.

Lorsque le regard est tourné vers l’intérieur, lorsque l’esprit n’est pas occupé ailleurs, lorsque nous sommes concentrés sur notre posture et notre respiration, notre vie se consume pleinement.

Enseignement, Kusen

L’univers entier est une perle brillante

Kusen de la sesshin 17-18-19 mars 2023
Raoul Ryu Koku Lecourt

Au 9ième siècle, Gensha, un moine chinois s’est rendu célèbre parce qu’il concluait toutes les réponses aux questions qu’on lui posait par cette phrase : « Tout le cosmos est une perle brillante. »

Une pratiquante au dojo me disait qu’elle ne parvenait pas à porter un tee-shirt où est écrit ‘La vie est belle’ parce que ça n’est tellement pas la réalité pour des millions de gens. Même pour nous qui sommes privilégiés, la vie n’est pas toujours belle quand le prarabdha karma se manifeste…

Mais pour Gensha, qu’il s’agisse de mort ou de maladie, d’épidémie ou de famine, de guerre ou de cataclysme naturel, tous ces phénomènes transitoires sont le dharma de la grande Nature, l’expression de la Conscience cosmique qui imprègne chaque atome de l’Univers. 
« La nécessité est partie intégrante de l’Univers », dit Kodo Sawaki.

De la naissance à la mort, émotions et pensées soulèvent des vagues dans l’esprit des humains, des vagues qui sont le reflet de notre perception karmique. Si aucune résistance ne vient y faire obstacle, qu’aucune énergie ne les nourrit, elles vont graduellement se calmer et disparaître. Simplement concentré sur la respiration, on n’est plus dérangé par les vagues, on les abandonne à elles-mêmes.
« C’est le retour à la condition normale », disait Maître Deshimaru.

La science a effacé la frontière entre vivant et inanimé, entre la matière et l’énergie. On sait aujourd’hui que six atomes (les CHNOPS) existant dans la Voie lactée et au-delà, sont constitutifs de toutes les formes et de tous les êtres : Carbone et Hydrogène, Azote et Oxygène, Phosphore et Souffre.
Mais on ignore encore tout du mystère de la Vie.
On ne sait ni où, ni quand, ni comment la Vie a commencé…
Et plus la connaissance qu’on a de l’Univers s’élargit, avec les satellites et les télescopes en réseau, plus le mystère de la création et de la Vie s’approfondit.

Au-delà de notre compréhension, on observe que les phénomènes, comme les sensations, les émotions ou les pensées, tout se résume à des interactions d’énergie qui prennent place dans notre Conscience.

En zazen, la Conscience vaste accueille et inclut toutes choses.

« C’est pourquoi il n’y a rien de plus sensé que de s’asseoir en zazen », dit Kodo Sawaki.

Cette dimension universelle de la Conscience s’étend au-delà de l’espace et du temps, comme le champ énergétique de l’Univers sous-jacent.

C’est la dimension ultime et rien n’existe en dehors d’Elle. En Inde, Elle est Brahman.

Lorsque le Bouddha dit que « Atman est Brahman », ça signifie que la Conscience individuelle est une forme conditionnée de la Conscience universelle. C’est l’expression de la liberté des humains, l’affirmation du lien organique qui nous relie à tout l’Univers. Toute sa vie, le Bouddha s’est efforcé de communiquer cette expérience de plénitude de l’instant et d’unité intemporelle.

Puissions nous reconnaître la paix et le sentiment religieux qui en émane comme étant notre nature profonde, la Nature de Bouddha, qui unit dans cette Conscience toutes les formes de vie.

L’Éveil prend alors la forme des choses qui nous arrivent…

 

Kusen

Silencieuse coïncidence

Dans le zen, l’éveil s’appelle de plusieurs manières : l’éveil, l’illumination, la réalisation et Obaku, grand maître chinois, parle, lui, de silencieuse coïncidence. Réaliser la silencieuse coïncidence, c’est supprimer le fossé qu’il y a entre le corps et l’esprit, entre l’esprit qui divague, qui s’agite, et le corps, le toucher délicat des doigts, la colonne vertébrale qui se tend. Pas de séparation mais interpénétration, implication totale

Kusen

Ici et Maintenant zazen !

Extrait d’un kusen donné à la session de Portneuf par Michel GoShin Ménard
Août 2021

 

Ici et Maintenant zazen ! shikantaza. Seulement s’asseoir, simplement s’asseoir, totalement s’asseoir. Suzuki Roshi avait plusieurs façons de l’exprimer : – vivre chaque instant du temps (et on sait que chaque seconde en contient plusieurs) ou encore : expirer complètement, se fondre dans la vacuité.

En fait, shikantaza pointe toujours vers « ceci » et non « cela »; vers ce qui se passe immédiatement, maintenant, avant même que nous puissions l’analyser et le nommer. Vers la réalité vivante de chaque moment, de chaque rencontre.

Et dans cette infinie intimité de rencontres avec nous-même, « vivre chaque instant » revient à nous exprimer pleinement, à nous révéler tel que nous sommes.

Shikantaza, c’est nous libérer de l’esprit du singe et nous rendre réels.  

Shikantaza, notre zazen, dit Shunryu Suzuki, c’est juste être soi-même. Quand on attend rien, quand on renonce à nos intentions personnelles, quand on vit chaque instant comme le dernier, on peut être soi-même. C’est notre Voie. 

Dans chaque inspiration, dans chaque expiration, il y a d’innombrables instants. Notre refuge et notre aspiration est de vivre pleinement chacun d’eux. C’est comme les grands vœux de bodhisattva que nous prononçons, que nous nous efforçons de pratiquer.

Expirez longuement, doucement. La tranquillité de l’esprit se trouve à la fin de l’expiration. Expirer complètement, c’est s’oublier soi-même, c’est se fondre dans la vacuité. La vacuité, c’est la page blanche, vierge.  Et votre inspiration part de là. Un sang renouvelé par cet apport d’air irrigue notre corps, le revivifie. 

Il est dit que l’esprit zen est l’esprit neuf, c’est à dire l’esprit qui ne repose sur rien, qui ne laisse pas de trace. Comme ce si beau poème de l’oiseau aquatique qui à la fois ne perd pas son chemin et ne laisse pas de trace.

Le point important, précise Shunryu, c’est notre expiration. Au lieu de chercher à revenir à nous-même en inspirant, disparaissez dans la vacuité en expirant.

Lorsque l’inspiration nous préoccupe plus que l’expiration, nous sommes plus irritables, plus anxieux, plus apeurés. On s’agrippe sans relâche à la vie, on se démène. 

Pour nous, la joie suprême est d’expirer plutôt que d’inspirer. C’est prendre refuge là où réside la demeure de Bouddha.

Kusen

Gyogi

Sesshin d’automne 2019

Extrait de Kusen de Raphael Dôkô Triet

Durant cette sesshin, j’évoquerai quelques passages d’un chapitre du Shobogenzo, le chapitre Gyoji, sans doute le plus long chapitre. Pour ceux qui ont pratiqué avec Sensei, ce chapitre évoque de précieux souvenirs. Il l’a commenté au premier camp d’été à la Gendronnière. Le temple était en construction. Et pendant les six sessions d’été, il a évoqué ce chapitre qui parle de la pratique des anciens bouddhas. Gyoji veut dire « la pratique quotidienne » ou encore « la pratique maintenue ». Et ce mot gyoji renvoie à Dokan; l’anneau de la Voie. L’anneau qui n’a ni début ni fin et qui non plus ne connait aucune interruption. Entre la première fois où timidement on rentre dans un dojo, qu’on s’assoit, au début souvent inconfortablement, la première fois que nous nous éveillons au fait de pratiquer, le premier déploiement du cœur de l’éveil, puis les années qui suivent, où la pratique s’affermit, il n‘y a pas d’interruption. C’est comme un anneau qui tourne lentement, continuellement. Dogen dit : « Sur la grande Voie des Bouddhas et des Patriarches, il y a toujours la pratique maintenue. L’anneau de la Voie ne connait aucune interruption. C’est pourquoi, sans dépendre ni de mes efforts, ni des efforts des autres, la pratique se maintient, sans dépendre de quoi que ce soit. » 

Avant de venir ici, je regardais un reportage sur Myasaki Zenji. Il est mort il y a quelques années. C’était le chef d’un des plus grands temples Japonais, le Zenji de Eiheiji. Il est mort à 107 ans. Je l’ai vu à plusieurs reprises lors de voyages au Japon. Même à cet âge avancé, il continuait de pratiquer. Depuis l’âge de 14 ans jusqu’à 107 ans, chaque jour, il est allé au dojo. Chaque matin, quelles que soient les circonstances, les humeurs, le temps, les phénomènes, la guerre. Gyoji, c’est cela, la répétition sans fin. Suivre l’ordre cosmique. Comme le soleil qui chaque jour éclaire la terre sans demander aucun remerciement. C’est ainsi perpétuer quelque chose de plus ancien que nous. Le perpétuer. Le maintenir. En lisant les journaux, on entend souvent dire : « Telle personne s’est faite toute seule. » Penser ainsi, c’est être ignorant, arrogant. Entre shoshin, l’esprit du débutant, gyoji, la pratique, bodai, l’éveil, nehan, le nirvana, il n’y a pas le moindre espace. Il se perpétue sans cesse. 

Kusen, Raphaël Doko Triet

La mémoire du son de la pluie dans la nuit de la retraite tranquille

 

Kusen de Raphaël Doko Triet
Lors de la sesshin d’automne 2017, à Saint-Alphonse-Rodriguez (Québec)

 

Maître Wanshi par Renkei Vendetti

Maitre Wanshi dit : ” Le vaisseau obscur, c’est notre vie compliquée, la vie des êtres humains, leurs contradictions, leurs désirs, leurs illusions, leur avidité, leur colère, leurs ambitions. “

Tout cela, ce monde que nous fabriquons d’instant en instant, c’est cela la transmigration, la réincarnation. Ce n’est pas plus tard, c’est tout de suite, d’instant en instant. Dans le silence et l’immobilité de zazen, chacun peut réaliser cela et le diriger vers un monde rayonnant. C’est aussi cela que nous invite à suivre le Fukanzazengi.

Dogen continue dans le Fukanzazengi. « Cependant, s’il y a un fossé, si étroit soit-il, la Voie reste aussi éloignée que le ciel de la terre. Si l’on manifeste la moindre préférence, la moindre antipathie, l’esprit se perd dans la confusion. Imaginez celui qui se flatte de comprendre et qui se fait des illusions sur son propre éveil. »

Chaque phrase du Fukanzazengi tisse la trame exacte de la façon de transmettre et d’enseigner le dharma et de le pratiquer, bien évidemment. S’il y a un fossé, si étroit soit-il, la Voie reste aussi éloignée que le ciel de la terre. Maître Deshimaru employait l’image d’un avion qui, lorsqu’il s’envole, s’il y a un écart infime d’à peine un millimètre, ce n’est rien, mais à la fin de son voyage, il se déposera sur un autre continent. C’est pourquoi Dogen décrit avec minutie, exactitude, précision, la manière de marcher sur la Voie, de faire zazen. Il décline tout au long de ce texte avec la plus grande finesse la façon de le pratiquer sans illusion. Lorsque Maître Deshimaru est arrivé en Europe, le zazen était inconnu, le kesa, l’esprit du tenzo, la façon de manger dans les bols.

Durant une sesshin, dans la pratique dans le dojo, dans la vie d’un temple, tout cela doit être exactement pratiqué, transmis. Se tromper, ce n’est pas grave. Si avec humilité on peut rapidement comprendre, changer d’esprit… Le rôle du tenzo aussi est essentiel. Comprendre que ce n’est pas seulement faire à manger. C’est aussi transmettre le dharma, protéger la pratique. Enseigner le kesa aussi ce n’est pas seulement coudre des petits points. Enseigner le kesa sans illusion, sans attachement, exactement. Sans être attaché à la couleur, à la beauté du point.

Un jour, Sensei nous avait dit : « Lorsque vous plantez l’aiguille dans le tissu, prenez soin de ne pas lui faire mal, de ne pas le blesser. »  Cette manière-là de transmettre, d’enseigner, doit être préservée.

Je vais vous lire un poème de Maître Dogen. Un poème qui a été traduit du japonais par un condisciple, Kengan, qui parle couramment japonais. Je l’avais commenté cet été à la quatrième session à la Gendronnière. Il a tout à fait sa place à côté du Fukanzazengi.

 

Naître et mourir sont un nuage de la métamorphose dont il faut s’intéresser.

Sentiers erronés et chemins d’éveil sont parcourus au sein d’un rêve.

Une seule chose arrête cela : se réveiller

et faire durer encore la mémoire du son de la pluie

dans la nuit de la retraite tranquille à Fukakusa.

 

Ce poème avait été recopié par Kodo Sawaki. Et donc, il ajoute ceci à la fin :

« Poème – Retraite tranquille de l’éminent ancêtre de Eihei-ji, écrit en toute humilité par son descendant éloigné, Kodo. »

Dogen lui-même, en écrivant le Fukanzazengi ne fait que faire durer encore la mémoire du son de la pluie dans la nuit d’une retraire plus ancienne.

 

Enseignement, Kusen

S’oublier soi-même

Kusen
Par Yusen Hugues Nass
sesshin du 24 au 26 mars 2017
Saint-Alphonse-Rodriquez, Québec

S’oublier soi-même, c’est avoir confiance, confiance dans la pratique, confiance dans les amis de bien, confiance dans les projets, confiance dans le maître, confiance en soi. Lorsqu’on pénètre totalement zazen en dehors de tout jugement personnel, on devient, comme disait Maître Deshimaru, en unité avec l’ordre cosmique et on suit l’ordre cosmique. C’est cela être certifié par toutes les existences. C’est rejeter le corps et l’esprit de soi-même et de toute existence. Lorsque cet état est atteint, toute trace du satori peut être abandonnée. On continue la pratique sans y penser.

Enseignement, Kusen, Raphaël Doko Triet

Le paysage de neige

Kusen
Par Raphaël Doko Triet

Ryokan a écrit ce merveilleux poème :

Dans mon ermitage,
j’entretiens mon jardin
seulement pour l’offrir à la volonté du vent.

Poème merveilleux ! Il touche à l’essence même de notre pratique. Cette pratique qui ne repose sur rien, que l’on ne peut attraper. C’est la pratique dans ce qu’elle a de plus magistral, de plus merveilleux ; elle apparaît dans tous nos mouvements, quand nous allongeons le pas, nous levons une main, posons nos bols ; dans notre immobilité, quand nous sommes assis, allongés, debout. La totalité de la vie de Bouddha dans chaque pore de notre peau. Le soi qui rencontre le soi. Lorsqu’on pense à ce soi, plein de choses apparaissent. Au-delà de notre propre pensée. C’est hishiryo, le paysage de neige.

Quand Dôgen était jeune moine, lorsqu’il était en Chine dans le temple de son maître, Maître Nyojo, un moine plus âgé du temple lui demanda pourquoi il était venu de si loin.
Dôgen lui dit : « Je cherchais un maître.
— D’accord, mais pourquoi ?
— Pour enfin rencontrer le Dharma.
— D’accord, mais pourquoi ?
— Pour enfin m’éveiller.
— D’accord mais pourquoi ?
— Pour que lorsque je rentrerai dans mon petit pays, je transmette cette pratique.
— D’accord, mais pourquoi ? »
Dôgen répond mais, à la fin, il n’a plus de mots, plus rien à dire. Là où il n’y a plus de raisonnement, apparaît le coeur de notre pratique, le paysage de neige.

Un maître avait dit : « Allez là où il ne pousse plus aucun brin d’herbe. »

 

Kusen

“J’ai tout transmis, je n’ai rien caché”

Extrait d’un kusen, camp d’été
Par Raphaël Doko Triet
Mai 2015

Voici un extrait d’un kusen de Raphaël Dôkô Triet lors du camp d’été qui a eu lieu à Saint-Alphonse-Rodriguez au Québec au mois de mai 2015

Raphaël DokoTriet

Un vieux Roshi japonais a fait un teisho, dans lequel, un moment, il évoquait le fait que , depuis Shakyamuni Bouddha, de nombreux patriarches ont enseigné. Alors il y a autant de zen que de patriarches.. Mais une chose les réunit tous :  shikantaza, la pratique assise et silencieuse. Zazen lui-même est Bouddha, sans transition. À l’instant où l’on s’assoit, le zazen lui-même est Bouddha, absolument, totalement.
Ce merveilleux trésor se transmet depuis Shakyamuni Bouddha.

Avant de mourir, Shakyamuni Bouddha disait:

“J’ai tout transmis, je n’ai rien caché”

Souvent Maître Deshimaru nous disait “Il n’y a rien de secret”. Lorsqu’au dojo de Paris, certains voulaient mettre des affiches pour d’autres pratiques, invariablement il refusait, pas du tout par mépris. Il disait simplement: “Je ne veux pas que les gens pensent qu’il y a quelque chose d’autre de caché derrière zazen”. Tout est là. Tout est dit. Zazen lui-même est réalisation, est Bouddha. “

Le dojo de Montréal est placé sous la direction spirituelle de Raphaël Dôkô Triet, qui a pratiqué zazen avec Maître Deshimaru dont il était l’un de ses plus proches disciples.

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