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Enseignement, Kusen

Le corps/esprit en zazen

Par Michel Go Shin Ménard

 

Maître Deshimaru disait souvent que zazen, c’est retourner à la condition originelle, normale du corps et de l’esprit. Mais qu’est-ce que cela signifie?

A l’origine, l’esprit de chacun est calme et tranquille. Au fil du temps, nous avons donné à notre esprit la possibilité  de se disperser dans toutes les directions, de saisir toutes les choses qui lui paraissent divertissantes ou excitantes.

Pascal, ce grand penseur du 17e siècle disait : « J’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas pouvoir rester tranquille dans une chambre. » Les paroles de Bouddha sont semblables : « Pratiquer la Voie c’est comme rentrer chez soi et s’asseoir en paix. »

Pour zazen, la posture d’éveil du Bouddha, il est important de pratiquer dans des circonstances favorables : dans un endroit qui ne soit ni trop chaud ni trop froid, ni trop éclairé ni trop sombre, où on se sent en sécurité, où l’on n’a pas peur. L’éducation zen passe en premier lieu à travers le corps, d’où l’importance donnée à la posture, de sans cesse réajuster la posture, à l’équilibre entre tension et détente. Kodo Sawaki a dit : « Pratiquer zazen, c’est comme rouler en bicyclette . » Vous devez pédaler continuellement et, pour maintenir la direction, vous devez effectuer sans arrêt de petits mouvements avec le guidon. C’est être ni relâché ni tendu, ce qui favorise une bonne respiration.

Les points toniques sont la cinquième vertèbre lombaire, la nuque, les pouces. Les points détendus sont l’abdomen, les épaules, le visage. La posture elle-même influence directement l’activité cérébrale. Bien sur, en corrigeant l’attitude de l’esprit il est aussi possible de ramener le corps à une juste harmonie. On dit que la tête doit demeurer froide. Petit à petit, on découvre que toute cette activité cérébrale n’est pas le coeur de notre existence : il est simplement avec nous et c’est tout.

C’est penser à travers la posture. C’est seulement à travers la posture et la respiration que l’esprit pourra se reposer. Peu à peu la distinction entre corps et esprit se réduit et inconsciemment et naturellement, on en réalise l’unité. C’est penser avec l’esprit vaste, l’esprit de Bouddha, l’esprit du silence du cosmos, l’esprit limpide comme un miroir où tout apparaît et disparaît dans un éclair. C’est comme le ciel traversé par les nuages. Qu’ils soient rares ou nombreux, quelles que soient leur forme ou leur couleur ils n’altèrent ni ne dérangent le ciel.

Sur le signet de notre dojo, on retrouve une phrase qui dit : « Lorsque l’esprit ne demeure sur rien, le véritable esprit apparaît. » C’est une phrase du Sutra du Diamant qui nous rappelle que nous pouvons à chaque instant, éveiller notre esprit, en ne demeurant en aucun lieu et sans s’arrêter, se fixer sur aucun objet en particulier. Dans la vie, chacun travaille avec un but, avec une idée, un objectif à atteindre; mais la vie spirituelle la plus élevée pour l’homme ne peut être atteinte que là où il n’y a plus de recherche de profit, ni aucune peur de perdre, là où notre vie se consume pleinement.

Lorsque le regard est tourné vers l’intérieur, lorsque l’esprit n’est pas occupé ailleurs, lorsque nous sommes concentrés sur notre posture et notre respiration, notre vie se consume pleinement.

Enseignement, Kusen

L’univers entier est une perle brillante

Kusen de la sesshin 17-18-19 mars 2023
Raoul Ryu Koku Lecourt

Au 9ième siècle, Gensha, un moine chinois s’est rendu célèbre parce qu’il concluait toutes les réponses aux questions qu’on lui posait par cette phrase : « Tout le cosmos est une perle brillante. »

Une pratiquante au dojo me disait qu’elle ne parvenait pas à porter un tee-shirt où est écrit ‘La vie est belle’ parce que ça n’est tellement pas la réalité pour des millions de gens. Même pour nous qui sommes privilégiés, la vie n’est pas toujours belle quand le prarabdha karma se manifeste…

Mais pour Gensha, qu’il s’agisse de mort ou de maladie, d’épidémie ou de famine, de guerre ou de cataclysme naturel, tous ces phénomènes transitoires sont le dharma de la grande Nature, l’expression de la Conscience cosmique qui imprègne chaque atome de l’Univers. 
« La nécessité est partie intégrante de l’Univers », dit Kodo Sawaki.

De la naissance à la mort, émotions et pensées soulèvent des vagues dans l’esprit des humains, des vagues qui sont le reflet de notre perception karmique. Si aucune résistance ne vient y faire obstacle, qu’aucune énergie ne les nourrit, elles vont graduellement se calmer et disparaître. Simplement concentré sur la respiration, on n’est plus dérangé par les vagues, on les abandonne à elles-mêmes.
« C’est le retour à la condition normale », disait Maître Deshimaru.

La science a effacé la frontière entre vivant et inanimé, entre la matière et l’énergie. On sait aujourd’hui que six atomes (les CHNOPS) existant dans la Voie lactée et au-delà, sont constitutifs de toutes les formes et de tous les êtres : Carbone et Hydrogène, Azote et Oxygène, Phosphore et Souffre.
Mais on ignore encore tout du mystère de la Vie.
On ne sait ni où, ni quand, ni comment la Vie a commencé…
Et plus la connaissance qu’on a de l’Univers s’élargit, avec les satellites et les télescopes en réseau, plus le mystère de la création et de la Vie s’approfondit.

Au-delà de notre compréhension, on observe que les phénomènes, comme les sensations, les émotions ou les pensées, tout se résume à des interactions d’énergie qui prennent place dans notre Conscience.

En zazen, la Conscience vaste accueille et inclut toutes choses.

« C’est pourquoi il n’y a rien de plus sensé que de s’asseoir en zazen », dit Kodo Sawaki.

Cette dimension universelle de la Conscience s’étend au-delà de l’espace et du temps, comme le champ énergétique de l’Univers sous-jacent.

C’est la dimension ultime et rien n’existe en dehors d’Elle. En Inde, Elle est Brahman.

Lorsque le Bouddha dit que « Atman est Brahman », ça signifie que la Conscience individuelle est une forme conditionnée de la Conscience universelle. C’est l’expression de la liberté des humains, l’affirmation du lien organique qui nous relie à tout l’Univers. Toute sa vie, le Bouddha s’est efforcé de communiquer cette expérience de plénitude de l’instant et d’unité intemporelle.

Puissions nous reconnaître la paix et le sentiment religieux qui en émane comme étant notre nature profonde, la Nature de Bouddha, qui unit dans cette Conscience toutes les formes de vie.

L’Éveil prend alors la forme des choses qui nous arrivent…

 

Kusen

Silencieuse coïncidence

Dans le zen, l’éveil s’appelle de plusieurs manières : l’éveil, l’illumination, la réalisation et Obaku, grand maître chinois, parle, lui, de silencieuse coïncidence. Réaliser la silencieuse coïncidence, c’est supprimer le fossé qu’il y a entre le corps et l’esprit, entre l’esprit qui divague, qui s’agite, et le corps, le toucher délicat des doigts, la colonne vertébrale qui se tend. Pas de séparation mais interpénétration, implication totale

Raphaël Doko Triet, Teisho

Teisho : La gratitude

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Teisho sur Zoom donné par Maître Raphaël Doko Triet le 28 avril 2020 sur le thème de la gratitude

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Enseignement

Prendre soin de son âme

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Cher(e)s frères et sœurs dans le dharma,

‘espère que votre santé est bonne et que vous profitez de cette période si unique de notre histoire pour prendre la mesure du privilège d’avoir une pratique de méditation dans votre vie et, si possible, mettre en place une routine quotidienne bien enracinée…

Chacun de nous vit différemment ce karma collectif de l’humanité qui nous oblige au confinement pour une durée inconnue, sans garantie que cela ne se reproduise pas dans le futur.  Avec ou sans travail, avec ou sans personne à charge, dans le confort de son foyer ou dans un environnement étranger, connecté sur internet ou coupé du reste du monde, inquiet ou pas de ce virus, chacun expérimente un nouveau rythme et une nouvelle façon de vivre l’instant. Mais si nous n’avons pas le choix de ces conditions, il nous appartient de vivre cette réalité comme un rêve ou comme un cauchemar.

Comme la résistance du fil détermine l’énergie qu’il va laisser passer, le moindre refus de la réalité bloque l’énergie de la vie qui peut se transformer en cauchemar. Alors s’il peut sembler contraignant de devoir se laver les mains 20 fois par jour, c’est aussi l’occasion de se rappeler que nous avons accès à l’eau courante. Et si l’espace de notre logement nous semble limité, c’est que nous avons le bonheur d’avoir un toit…
Enfin le fait que nous puissions en venir à manquer demain de certaines ressources est sans doute l’occasion de réfléchir sur la façon dont nous sommes complètement dépendants les uns des autres et sur le gaspillage et la surconsommation qui détruisent la planète .

Quand au confinement, quelle belle occasion d’observer notre mental !
En résistant à l’impulsion habituelle de s’activer, on peut retrouver «le calme et la grande tranquillité des morts », écrit Ejo dans le Komyozo Zanmai. 

Avec le décompte quotidien par les médias des personnes disparues aux 4 coins du globe, peut-être réaliserons-nous que nous ne sommes pas éternels…  Le souvenir me revient de nos amis Serge, le chauffeur de taxi, et Alain, l’ex-compagnon de Gabrielle, dont le seul regret à l’approche de la mort était de n’avoir pas consacré suffisamment de temps à Zazen.

Notre Zazen est la grande porte toujours ouverte à ce rappel que notre Nature de Bouddha est présente à chaque instant et à tous ceux qui n’y font pas obstacle…

Ce temps, douloureux pour certains, est celui de la régénération.

Solidarité du personnel hospitalier et de plein de gens, compassion pour les victimes du virus et tous les déracinés de la terre.

Il reste que c’est à chacun qu’il appartient de comprendre et d’accepter ce que la vie lui propose ici et maintenant.
Avoir le courage d’accepter l’inévitable,
De changer ce qui peut l’être,
Et la sagesse de distinguer entre l’un et l’autre…

Nous sommes tous et toutes les enfants d’un même Univers, les multiples formes d’une même Conscience, les cellules d’un même organisme. «La liberté, c’est prendre soin de son âme», disait Socrate. Ce choix n’influence pas seulement notre système immunitaire, il est l’expression de notre véritable Nature, le rayonnement du cosmos…

J’ai bien hâte de vous retrouver pour réciter et nous imprégner de ce mantra qui conclut l’Hannya Shingyo :
« Allons, allons tous ensemble, allons au-delà, traversons sur la rive du satori »

De tout cœur avec vous,
Raoul

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Cher(e)s frères et sœurs dans le dharma,

‘espère que votre santé est bonne et que vous profitez de cette période si unique de notre histoire pour prendre la mesure du privilège d’avoir une pratique de méditation dans votre vie et, si possible, mettre en place une routine quotidienne bien enracinée…

Chacun de nous vit différemment ce karma collectif de l’humanité qui nous oblige au confinement pour une durée inconnue, sans garantie que cela ne se reproduise pas dans le futur.  Avec ou sans travail, avec ou sans personne à charge, dans le confort de son foyer ou dans un environnement étranger, connecté sur internet ou coupé du reste du monde, inquiet ou pas de ce virus, chacun expérimente un nouveau rythme et une nouvelle façon de vivre l’instant. Mais si nous n’avons pas le choix de ces conditions, il nous appartient de vivre cette réalité comme un rêve ou comme un cauchemar.

Comme la résistance du fil détermine l’énergie qu’il va laisser passer, le moindre refus de la réalité bloque l’énergie de la vie qui peut se transformer en cauchemar. Alors s’il peut sembler contraignant de devoir se laver les mains 20 fois par jour, c’est aussi l’occasion de se rappeler que nous avons accès à l’eau courante. Et si l’espace de notre logement nous semble limité, c’est que nous avons le bonheur d’avoir un toit…
Enfin le fait que nous puissions en venir à manquer demain de certaines ressources est sans doute l’occasion de réfléchir sur la façon dont nous sommes complètement dépendants les uns des autres et sur le gaspillage et la surconsommation qui détruisent la planète .

Quand au confinement, quelle belle occasion d’observer notre mental !
En résistant à l’impulsion habituelle de s’activer, on peut retrouver «le calme et la grande tranquillité des morts », écrit Ejo dans le Komyozo Zanmai. 

Avec le décompte quotidien par les médias des personnes disparues aux 4 coins du globe, peut-être réaliserons-nous que nous ne sommes pas éternels…  Le souvenir me revient de nos amis Serge, le chauffeur de taxi, et Alain, l’ex-compagnon de Gabrielle, dont le seul regret à l’approche de la mort était de n’avoir pas consacré suffisamment de temps à Zazen.

Notre Zazen est la grande porte toujours ouverte à ce rappel que notre Nature de Bouddha est présente à chaque instant et à tous ceux qui n’y font pas obstacle…

Ce temps, douloureux pour certains, est celui de la régénération.

Solidarité du personnel hospitalier et de plein de gens, compassion pour les victimes du virus et tous les déracinés de la terre.

Il reste que c’est à chacun qu’il appartient de comprendre et d’accepter ce que la vie lui propose ici et maintenant.
Avoir le courage d’accepter l’inévitable,
De changer ce qui peut l’être,
Et la sagesse de distinguer entre l’un et l’autre…

Nous sommes tous et toutes les enfants d’un même Univers, les multiples formes d’une même Conscience, les cellules d’un même organisme. «La liberté, c’est prendre soin de son âme», disait Socrate. Ce choix n’influence pas seulement notre système immunitaire, il est l’expression de notre véritable Nature, le rayonnement du cosmos…

J’ai bien hâte de vous retrouver pour réciter et nous imprégner de ce mantra qui conclut l’Hannya Shingyo :
« Allons, allons tous ensemble, allons au-delà, traversons sur la rive du satori »

De tout cœur avec vous,
Raoul

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Enseignement

Pratiquer chez soi avec les autres

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Par Michel Goshin Ménard.
Publié dans la Lettre du Dojo, le 12 avril 2020.

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Chacun dans son espace personnel, peut s’aménager un lieu et un temps pour laisser zazen entrer dans son quotidien. Le dojo, chacun le porte à l’intérieur de lui-même. 

“Si l’on ne peut plus se rendre sur la rue Guilford pour pratiquer ensemble, cette fermeture n’empêche en rien de continuer la pratique” disait Raphaël Dojo Triet. Dans ce sens, il s’agit de trouver un endroit et un moment propice, pour se déposer et s’asseoir dans la grande assise du Bouddha. Ce lieu où vous pratiquez gassho, zazen, devient un dojo et lorsque vous vous asseyez sur votre zafu, dans ce dojo, votre pratique consiste simplement à  tourner votre regard vers l’intérieur et d’étudier le soi. C’est  laisser se manifester ce dojo que vous portez à l’intérieur de vous-mêmes.

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[blockquote name=””]«Étudier le soi est l’activité essentielle qui nous permet à nous autres humains d’être humains. Un humain est un être vivant qui a besoin d’étudier le soi afin de devenir foncièrement humain.» –  Shohaku Okumura[/blockquote]Tiré de ses commentaires sur le Genjokoan de Maître Dogen, Okumura explique :
“Rapidement, on se rend compte qu’on ne vit pas seul, qu’il n’est pas possible de pratiquer seul, que le sujet de notre pratique n’est pas le soi personnel. Alors plutôt que de pratiquer individuellement pour notre propre amélioration, nous nous établissons naturellement et calmement au cœur de la Réalité de l’interconnexion et permettons à la force de vie universelle de pratiquer à travers nous pour tous les êtres.  Pratiquer est s’éveiller au soi qui est inter-relié à tous les êtres.”

Avec cette Pandémie, nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre que nous partageons une seule et même vie avec la nature et tous les êtres. Okumura poursuit : «Notre égocentrisme, est source de problèmes, pour nous et entre nous et les autres, c’est pourquoi nous devons pratiquer afin de vivre naturellement en paix et en harmonie avec la réalité.»

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Shikantaza, c’est cesser d’avoir peur, c’est chasser l’angoisse existentielle qui nous tenaille. C’est naturellement actualiser l’interconnexion que nous avons avec les autres et comment nous sommes soutenus par eux. «Bien que seul et silencieux, chacun de vous m’accompagne. N’en doutez pas», disait Raphaël.Pour cela, en zazen, il nous faut continuellement lâcher prise avec les pensées et les jugements qui apparaissent, laissez passer nos inconforts, nos douleurs. Que l’esprit soit calme ou agité, nous continuons à abandonner tout ce qui y monte. Nous gardons la même posture à travers toutes les conditions mentales sans être tiraillés d’un côté ou de l’autre. Il n’y a donc pas de bon ou de mauvais zazen. Zazen est toujours zazen.  Lorsque nous pratiquons ou étudions avec le corps et l’esprit tout entier, automatiquement nous manifestons et exprimons la Voie ou le Dharma du Bouddha et oublions le soi personnel qui souffre.

Après avoir pratiqué, nous pouvons ressentir une certaine légèreté et aisance qui vient d’avoir été temporairement soulagé du confinement de notre corps et de notre vie limitée, vulnérable. Zazen nous permet d’accéder à un esprit large et de réaliser que ce corps et cette vie ne nous appartiennent pas; que nos corps, nos esprits, la Terre, sont une seule et même chose que nous devons chérir, protéger. Et cet enracinement dans la Réalité est apaisant.

Avec vous dans la pratique

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Sutras

Sutras

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Les sûtras – Textes récités pendant les cérémonies

Comme plusieurs nous l’on demandé, vous trouverez ici quelques-uns des textes d’enseignement (SÛTRAS) chantés lors des différentes cérémonies au dojo ou lors des retraites. Ces textes ont différentes origines : Inde, Chine ou encore Japon. Ils nous sont parvenus en langue japonaise ou sino-japonaise, langue dans laquelle nous les chantons encore actuellement.

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_tta_accordion style=”modern” shape=”square” color=”sky” spacing=”15″ gap=”15″ active_section=”” no_fill=”true” collapsible_all=”true”][vc_tta_section title=”Takkessa Ge 搭袈裟偈” tab_id=”1571516088351-195f5648-b76a”][vc_column_text]

Chaque matin, à la fin du zazen, on chante trois fois ce sutra en signe de vénération du kesa. Le kesa est l’habit de Bouddha, vêtement de l’éveil transmis de maître à disciple et porté par les moines. À l’origine, c’est un assemblage de pièces de tissus usagés, lavés, teints et cousus soigneusement de façon traditionnelle. Lorsqu’on récite le Takkesa ge assis en zazen, on porte ce vêtement à la dimension la plus haute.

 

Dai sai geda puku
Muso fukuden e
Hi bu nyorai kyo
Kodo sho shu jo

 
 

Ô vêtement de la Grande Libération
Kesa du champ du bonheur illimité
Je reçois avec foi l’enseignement du Bouddha
Pour aider largement tous les êtres sensibles

[/vc_column_text][/vc_tta_section][vc_tta_section title=”Shigu seigan mon” tab_id=”1571516088385-b3f3615e-fc1b”][vc_column_text]

Ce sutra représente l’idéal du pratiquant bouddhiste : libérer tous les êtres en pratiquant les enseignements du Bouddha, en éclairant ses propres illusions et en réalisant sa nature de Bouddha.

 

Shu jo muhen sei gan do
Bon-no mujin sei gan dan
Ho mon muryo sei gan gaku
Butsu do mujo sei gan jo

 

Si nombreux que soient les êtres sensibles, je fais le voeu de les libérer tous.
Si nombreux que soient les illusions, je fais le voeu de les vaincre toutes.
Si nombreux que soient les Dharmas, je fais le voeu de les acquérir tous.
Si parfaite que soit la voie du Bouddha, je fais le voeu de la réaliser.

[/vc_column_text][/vc_tta_section][vc_tta_section title=”Ji ho san shi” tab_id=”1571516409710-904bb24b-75de”][vc_column_text]

Ce sutra est une marque de gratitude et de vénération à tous les bouddhas et patriarches. On le récite traditionnellement après la dédicace (eko) qui suit chaque sutra.

 

Ji ho san shi i shi fu
Shi son bu sa mo ko sa
Mo ko ho jya ho ro mi

 

A tous les bouddhas passés, présents et futurs dans les dix directions,
A tous les bodhisattvas et les patriarches,
Le sutra de la Grande Sagesse qui permet d’aller au-delà.

[/vc_column_text][/vc_tta_section][vc_tta_section title=”Maka Hannya Haramita Shingyo 般若心経” tab_id=”1571516483300-1dbd12dd-8b4d”][vc_column_text]

C’est l’un des sutras les plus importants du bouddhisme Mahayana. On l’appelle aussi, dans d’autres traditions bouddhistes, Sutra du cœur. C’est le cœur, l’essence de l’enseignement du Bouddha, résumé en 262 idéogrammes chinois. Il est chanté tous les jours après zazen dans les temples et dojos.
Le sens de ce sutra : lorsque le bodhisattva comprend que formes et phénomènes ne sont pas différents de la vacuité, il réalise la grande sagesse et par cet éveil, il aide toutes les existences à se libérer de la souffrance.

 

Kan ji zai bo satsu. Gyo jin han-nya ha ra mi ta ji. Sho ken go on kai ku. Do is-sai ku yaku. Sha ri shi. Shiki fu i ku. Ku fu i shiki. Shiki soku ze ku. Ku soku ze shiki. Ju so gyo shiki. Yaku bu nyo ze. Shari shi. Ze sho ho ku so. Fu sho fu metsu. Fu ku fu jo. Fu zo fu gen. Ze ko ku chu. Mu shiki mu ju so gyo shiki. Mu gen ni bi ze-shin ni. Mu shiki sho ko mi soku ho. Mu gen kai nai shi mu i shiki kai. Mu mu myo yaku mu mu myo jin. Nai shi mu ro shi. Yaku mu ro shi jin. Mu ku shu metsu do. Mu chi yaku mu toku. I mu sho toku ko. Bodai sat-ta. E han nya ha ra mi ta ko. Shin mu kei ge mu ke ge ko. Mu u ku fu. On ri is-sai ten do mu so.Ku gyo ne han. San ze sho butsu. E han-nya ha ra mi ta ko. Toku a noku ta ra san myaku san bo dai. Ko chi han-nya ha ra mi ta. Ze dai jin shu. Ze dai myo shu. Ze mu jo shu. Ze mu to do shu. No jo is-sai ku. Shin jitsu fu ko. Ko setsu han-nya hara mi ta shu. Soku setsu shu watsu.
Gya tei gya tei hara gya tei.
Hara so gya tei bo ji so wa ka.
Han-nya shin gyo.

 

Le bodhisattva de la Grande Compassion, Avalokiteshvara, par sa pratique profonde de la Grande Sagesse, voit que les cinq agrégats ne sont que vacuité (ku) et par cette compréhension, il soulage toutes les souffrances. Shariputra, les formes (shiki) ne sont pas différentes du vide (ku) et le vide n’est pas différent des formes. Shiki lui-même est ku, ku lui-même est shiki. Il en est ainsi aussi de la sensation, de la perception, des formations mentales et de la conscience. Shariputra, toutes les existences ont l’aspect de ku. Elles sont sans naissance ni extinction, ni pures ni souillées, elles n’augmentent ni ne diminuent. Donc, dans ku, il n’y a ni forme, ni sensation, ni perception, ni formations mentales, ni conscience ; ni oeil, ni oreille, ni nez, ni langue, ni corps, ni conscience. Il n’y a ni couleur, ni son, ni odeur, ni goût, ni toucher, ni pensée. Donc, dans ku n’existe pas de domaine des sens. Il n’y a ni ignorance ni cessation de l’ignorance, ni illusion ni cessation de l’illusion. Il n’y a ni dégénérescence et mort ni cessation de la dégénérescence et de la mort. Il n’y a ni souffrance, ni cause, ni cessation, ni sentier. Il n’y a ni sagesse, ni obtention, ni non-obtention. Pour le bodhisattva, grâce à la Grande Sagesse qui conduit au-delà, l’esprit sans obstacle ne connaît pas la peur, et toute illusion, tout attachement sont éloignés. Il peut parvenir à l’ultime fin, le nirvana. Tous les bouddhas du passé, du présent et du futur pratiquent la Grande Sagesse et ainsi atteignent le plus parfait éveil. Donc, nous devons comprendre qu’Hannya haramita est le grand mantra brillant et lumineux. Le plus élevé de tous les mantras qui est incomparable. Sa force coupe toutes les souffrances. C’est le vrai mantra. Par lui il est possible d’atteindre l’essence de toute vérité : Aller, aller, aller ensemble au-delà du par-delà, jusqu’à l’accomplissement total de la Voie.

[/vc_column_text][/vc_tta_section][vc_tta_section title=”Gyohatsû nenju 般若心経” tab_id=”1571516574978-b13fbae5-3078″][vc_column_text]

Dans la pratique du zen, les repas sont une cérémonie dédiée à tous les êtres qui souffrent. Par ce sutra qui ponctue les différents moments du repas, nous exprimons notre gratitude envers toutes les existences qui ont participé au don de cette nourriture. Nous gardant de toute avidité, nous prenons conscience que ce repas est destiné à fortifier notre pratique et produire ainsi l’esprit d’éveil. Enfin, nous adressons cette nourriture en offrande pour le bien de tous les êtres.

 

Bus shô kapira
Jo do makada
Sep pô harana
Nyu metsu kuchira
Nyorai o ryôki
Gakon toku futen
Gangu is-sai shû
To san rin ku ja ku.

Shin jin pashin birû sha no fu
En mon ho shin rushâ no fu
Sen pai kashin shikyâ mu ni fu
To rai asan mirû son bu
Ji ho san shi ishî shi fu
Dai jin myo harin ga kin
Dai shin bun jusu ri bu sa
Dai jin fuen bu sa
Dai hi kan shiin bu sa
Shi son bûbu sa mo ko sa
Mo ko hôja ho ro mi.

Hitotsu ni wa kô no tashô o hakari kano raisho o hakaru.
Futatsu ni wa, onore ga tokugyô no zen ketto wo hakatte kuni ôzu.
Mitsu ni wa shin o fusegi toga o hanaruru ko towa tontô o shû to su.
Yotsu ni wa, masani ryôyaku o koto to suru wa gyôko o ryôzen ga tame nari.
Itsutsu ni wa jôdô no tame no yue niima kono jiki o uku.

Jiten kijinshu,
Gokin suji kyu
Suji hen jihô
Ishi ki jin kyu.

Jo bun san bo,
Chu bun shion.
Gekyû roku do,
Kai do kuyô.

Ik-ku idan is-sai aku
Niku ishu is-sai zen
Sanku ido shoshu jo
Kaigu jo butsu do.

Gashi sen pas-sui,
Nyo ten kan ro mi,
Seyo kijin shû
Shitsu ryo tokubo man
On makura sai sowaka.

Shi shi kai jiki kun,
Jiren kafu jashî,
Shi shin jin cho ihi,
Kishu rinbu jo son.

 

Bouddha est né à Kapilavastu, s’est éveillé à Magadha.
Il enseigna à Varanasi et entra dans le nirvana à Kuchinagara.
Maintenant, nous ouvrons les bols du Tathagata pour que celui qui donne, celui qui
reçoit et ce qui est donné puissent être libérés de tout attachement et atteindre la
libération avec tous les êtres sensibles.
Vénération à la pureté illimitée du Bouddha Vairocana, à la forme accomplie du
Bouddha Amitabha et à la forme manifestée du bouddha Shakyamuni.
Vénération à Maitreya, le Bouddha du futur.
Vénération à tous les bouddhas du passé, du présent et du futur dans les dix directions.
Au Sutra du lotus de la Loi du Grand Véhicule.
Vénération à Manjushri, grand bodhisattva de la sagesse.
Au grand et parfait bodhisattva Samantabhadra.
Au bodhisattva de la grande compassion, Avalokiteshvara.
Aux innombrables bodhisattvas, à tous les patriarches et à la Grande Sagesse qui permet
d’aller au-delà.
Premièrement : nous devons réfléchir à la manière dont cette nourriture nous est
parvenue. Notre reconnaissance s’adresse à tout ce qui y a contribué.
Deuxièmement : en recevant ce don, nous devons vérifier si nos vertus et notre pratique
le méritent vraiment.
Troisièmement :nous devons revenir à la condition normale de l’esprit, être libre de tout
convoitise et avidité.
Quatrièmement : nous devons manger cette nourriture pour la santé de notre corps.
Cinquièmement : nous prenons cette nourriture pour nous perfectionner sur la voie du
Bouddha.
Pour tous les esprit affamés, j’offre maintenant cette nourriture, qu’elle pénètre
l’univers tout entier. J’espère la partager avec vous.
Aux trois trésors, Bouddha Dharma, Sangha, à tous ceux qui nous ont aidé, nos parents,
nos maîtres, l’humanité entière, à tous les êtres qui souffrent, qui sont prisonniers des
six mondes de l’errance et qui ne peuvent se libérer eux-mêmes, que cette nourriture
puisse servir à toutes les existences de l’univers.
En premier, nous mangeons pour couper tout le mal. En deuxième, pour faire le bien.
En troisième, pour sauver tous les êtres sensibles.
Actualisons ensemble la Voie du Bouddha.
Avec cette eau, je lave mon bol, elle a le goût du nectar céleste, j’en fais offrande à tous
les morts et à tous ceux qui souffrent sans leurs enfers, qu’elle les désaltère comme la
rosée du matin.
Dans ce monde d’illusion vide et impermanent, puissions-nous exister dans l’eau
boueuse avec la pureté de la fleur de lotus. Rien ne dépasse l’esprit illimité. Aussi
inclinons-nous devant Bouddha

[/vc_column_text][/vc_tta_section][vc_tta_section title=”Shôsai myôkichijô darani” tab_id=”1571517027191-3e2117d5-6e33″][vc_column_text]

La récitation de ce dharani est destiné à écarter désastres et calamités. Dans les temples, il est récité le matin dans la salle du Bouddha ou dans la cuisine, devant la statue protectrice d’Idaten, qui prévient désastres et incendies.

 

No mo san man da
moto nan
oha ra chi koto sha
sono nan to ji to
en
gya gya
gya ki gya ki
un nun
shifu ra shifu ra
hara shifu ra hara shifu ra
chishu sa chishu sa
chishu ri chishu ri
sowa ja sowa ja
sen chi gya
shiri ei so mo ko.

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Écrit au VIIIe siècle par Sekito Kisen (700-790), disciple du 6e patriarche Eno, c’est l’un des textes les plus importants de notre tradition, essence de l’enseignement du Bouddha, chanté lors de la cérémonie du matin.
San : multiple, différence, la forme. Do : unité, identité, ku (vacuité). Kai : rencontre. Plusieurs traductions possibles : Identité du multiple et du un ; Rencontre entre l’identité et la différence ; Unicité de la réalité et de la vacuité, etc.
Le Sandokai traite de la réalisation de l’unité fondamentale au sein des contradictions et de la dualité créées par notre cerveau.

 

Chikudo daisen no shin tōzai mitsu ni aifu su. Ninkon ni ridon ar, dō ni nanboku no so nashi. Reigen myō ni kô kettari, shiha an ni ruchū su. Ji o shū suru mo moto kore mayoi ; ri ni kanō mo mata satori ni arazu. Mon mon issai no kyō ego to fu ego to. Eshite sarani ai wataru ; shikarazareba kurai ni yotte jū su. Shiki moto shitsu zō o kotoni shi ; shō moto rakku o koto ni su. An wa jōchū no koto ni kanai ; mei wa seidaku no ku o wakatsu. Shidai no shō onozukara fukusu, kono sono haha o uru ga gotoshi. Hi wa nesshi, kaze wa dōyō, mizu wa uruoi, chi wa kengo. Manako wa iro, mimi wa onjō hana wa ka, shita wa kanso. Shikamo ichi ichi no hō ni oite ne ni yotte habunpu su. Honmatsu subekaraku shū ni kisubeshi ; sonpi sono go o mochiyu. Meichū ni atatte an ari, ansō o motte ō koto nakare. Anchū ni atatte mei ari, meisō o motte miru koto nakare. Meian ono ono aitai shite hisuru ni zengo no ayumi no gotoshi. Banmotsu onozukara kō ari, masani yō to sho to o iu beshi. Jison sureba kangai gasshi ; riōzureba senpō sasō. Koto o ukete wa subekaraku shū o e subeshi ; mizukara kiku o rissuru koto nakare. Sokumoku dō o e sezunba, ashi o hakobu mo izukunzo michi o shiran. Ayumi o susumureba gonnon ni arazu, mayōte senga no ko o hedatsu. Tsutsushinde san gen no hito ni mōsu, kōin munashiku wataru koto nakare.

 

L’esprit du grand sage de l’Inde
S’est intimement transmis d’ouest en est.
Les facultés de l’homme sont plus ou moins aiguisées
Mais la Voie n’a ni patriarche du Nord ni patriarche du Sud.
La source spirituelle brille dans la lumière ;
Les effluents coulent dans l’obscurité.
Saisir les choses est certainement une illusion ;
Se mettre en accord avec l’identité n’est pas encore l’illumination.
Tous les objets des sens sont en interaction et pourtant ne le sont pas.
L’interaction entraîne la solidarité.
Sans quoi chacun reste sur sa position.
Les visions varient en qualité comme en forme,
Les sons sont tantôt agréables tantôt désagréables.
Dans l’obscurité, les discours raffinés et vulgaires
Se confondent, dans la lumière, les phrases claires et troubles se distinguent.
Les quatre éléments retournent à leur nature
Tout comme l’enfant se tourne vers sa mère.
Le feu chauffe, le vent bouge, l’eau mouille, la terre est solide.
OEil et vision, oreille et son, nez et odeur, langue et saveur.
Ainsi, pour tout ce qui existe, selon ces racines-là, les feuilles se développent.
Le tronc et les branches partagent l’essence ;
Noble ou vulgaire, chacun a son discours.
Dans la lumière existe l’obscurité,
Mais ne la prenez pas pour de l’obscurité.
Dans l’obscurité existe la lumière,
Mais ne la regardez pas comme de la lumière.
La lumière et l’obscurité s’opposent
Comme le pied avant et le pied arrière dans la marche.
De toutes les choses innombrables chacune a son mérite,
Exprimé selon sa fonction et sa place.
Les phénomènes existent, comme la boîte et le couvercle s’ajustent ;
Le principe s’accorde, comme la rencontre de deux pointes de flèche.
Entendant les mots, comprenez le sens ;
Ne créez pas vos propres normes.
Si vous ne comprenez pas la voie qui se trouve à vos pieds
Comment connaîtrez-vous le chemin sur lequel marchez ?
La pratique n’est pas une question d’éloignement ou de proximité,
Mais dans la confusion les montagnes et les rivières barrent la route.
Vous qui étudiez le mystère, je vous supplie respectueusement
De ne pas passer vainement vos jours et vos nuits.

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Écrit au IXe siècle par maître Tozan Ryokai (807-869), successeur de Ungan Donjo, maître de Sozan et Ungo Doyo. Son enseignement : regarder en soi-même, ne pas rechercher chez les autres, maintenir un esprit libre de toute formule. L’Hokyo zanmai traite de la conscience pure pendant zazen : zanmai, samadhi. Le miroir précieux, incluant forme et non forme, reflète tous les phénomènes du cosmos qui apparaissent et disparaissent librement, insaisissables. Le samadhi du miroir précieux est l’éveil de l’esprit à la nature de Bouddha de toutes les existences.
Ce chant est récité par les moines le matin dans les temples, en alternance avec le Sandokai.

 

Nyo ze no hō, busso mitsu ni fusu. Nanji ima kore o etari ; yoroshiku yoku hōgo subeshi. Ginwan ni yuki o mori, meigetsu ni ro o kakusu. Rui shite hitoshikarazu ; konzuru tokinba tokoro o shiru. Kokoro kotoni arazareba, raiki mata omomuku. Dōzureba kakyū o nashi, tagaeba kocho ni otsu. Haisoku tomoni hi nari ; taikaju no gotoshi.Tada monsai ni arawaseba, sunawachi zenna ni zokusu. Yahan shōmei, tengyō furo. Mono no tame ni nori to naru ; mochiite shoku o nuku. Ui ni arazu to iedomo, kore go naki ni arazu. Hōkyō ni nozonde, gyōyō ai miru ga gotoshi. Nanji kore kare ni arazu, kare masani kore nanji. Yo no yōni no gosō gangu suru ga gotoshi. Fuko furai fuki fujū ; baba wa wa ; uku muku. Tsuini mono wo ezu, go imada tadashi karazaru ga yue ni. Jū ri rikkō, henshō ego, tatande san to nari; henji tsukite go to naru. Chisō no ajiwai no gotoku, kongō no cho no gotoshi. Shōchū myōkyō, kōshō narabi agu. Shū ni tsūji to ni tsūzu, kyōtai kyōro. Shakunen naru tokinba kitsu nari; bongo subekarazu. Tenshin ni shite myō nari, meigo ni zoku sezu. Innen jisetsu, jakunen to shite shōcho su. Sai ni wa muken ni iri,dai ni wa hōjo o zessu. Gōkotsu no tagai, ritsuryo ni ōzezu. Ima tonzen ari, shūshu o rissuru ni yotte. Shūshu wakaru, sunawachi kore kiku nari. Shū tsūji shu kiwamaru mo, shinjō ruchū. Hoka jaku ni uchiugoku wa, tsunageru koma, fukuseru nezumi. Senshō kore o kanashinde, hō no dando to naru. Sono tendō ni shitagatte, shi o motte so to nasu. Tendō sō messureba, kōshin mizukara yurusu. Kotetsu ni kanawan to yōseba, kō zenko o kanzeyo. Butsudō o jōzuru ni nannan to shite, jikkōju o kanzu. Tora no kaketaru ga gotoku, uma no yome no gotoshi. Geretsu aru o motte, hōki chingyo. Kyōi aru o motte, rinu byakko. Gei wa gyōriki o motte, ite hyappo ni atsu. Senpō ai ō, gyōriki nanzo azukaran. Bokujin masa ni utai, sekijo tatte mō. Jōshiki no itaru ni azaru, mushiro shiryo wo iren ya. Shin wa kimi ni bushi, ko wa chichi ni junzu. Junzezareba kō ni arazu, busezareba ho ni arazu. Senkō mitsuyō wa, gu no gotoku ro no gotoshi. Tada yoku sōzoku suru o, shuchū no shu to nazuku.

 

La Réalité de bouddha telle quelle,
Les bouddhas patriarches l’ont touchée en secret.
Vous qui maintenant l’avez obtenue,
Je vous en prie, conservez-la intacte.
Comme pour un bol d’argent couvert de neige,
Ou une grue cachée dans l’éclat de la lune,
Les choses s’y ressemblent sans être égales.
Même confondues, on sait où elles sont.
Son sens ne se trouve pas dans les mots,
Il évolue au fil des occasions.
Emu, et vous voici au fond d’un trou.
En contradiction, et vous voilà hésitant.
Lui tourner le dos
Ou s’en approcher,
Ni l’un ni l’autre, il ne faut.
Elle est une masse ardente !
Exprimez-la en langue ornée,
Et la voilà souillée !
Le mitan de la nuit la fait luire en plein,
Et elle s’évanouit aux lueurs de l’aube.
Elle est la norme qui régit les choses,
Usez-en pour abolir la souffrance.
Même si elle n’est pas conditionnée,
Les mots ne manquent pas pour en parler.
Tout comme vos traits et leur reflet
S’entre-regardent dans un miroir précieux.
Vous n’êtes pas elle,
Mais elle est bien vous.
Elle a les cinq marques d’un nouveau né,
Qui ne s’en va ni ne s’en vient,
Qui ne se lève ni ne reste en place.
Et dont le babil, phrase ou non,
N’obtient finalement rien :
La parole n’étant pas encore juste.
Elle interagit comme, de l’hexagramme « Feu »,
Les traits que l’on arrange,
Et qui, superposés, donnent trois,
Et cinq quand ils sont permutés.
Elle embrasse l’interdépendance merveilleuse
De l’infinie variété des choses du monde,
Comme les cinq goûts de l’herbe shiso,
Comme le sceptre diamant.
Elle est le tambour accompagnant
Le chant à l’unisson.
Elle passe par l’origine,
Elle parcourt les voies,
Elle s’insère dans toute zone,
Elle s’insinue par tout passage.
Si l’on s’applique à bien la respecter,
L’augure sera heureux.
Rien ne peut s’opposer
A son ordre des choses.
Mystérieuse par son état naturel,
Elle ne relève ni de l’illusion, ni de l’éveil.
Selon les causes-et-conditions et les occasions,
Elle brille en silence.
Si mince, qu’elle s’insère où il n’y a pas de faille,
Si grande, qu’elle dépasse toutes les limites.
Pourtant, dès le plus infime écart,
On se désaccorde de son harmonique.
Aujourd’hui existent
Un éveil soudain et un éveil graduel.
Des systèmes religieux apparaissent,
Et, pour cette raison, se divisent.
Aussitôt, ils en font des normes.
Que les religions qui suivent ces normes,
Arrivent à l’appréhender ou non,
La réalité, elle, poursuit son cours.
Calmes au dehors, vibrants en dedans,
Comme un cheval entravé ou un rat tapi,
Les bouddhas du passé poussés par la pitié,
Ont fait don de la Réalité de bouddha.
Car à suivre des idées erronées,
On prend de la soie noire pour de l’écrue.
Mais ces idées erronées une fois entre-détruites,
Les esprit abusés se réforment d’eux-mêmes.
Si vous aspirez à suivre la piste ancienne,
Je vous en prie contemplez les sages d’antan,
Comme ce bouddha qui, sur le point de réaliser son Eveil,
A contemplé un arbre durant dix éons.
Qu’une vie de misère,
Fasse se révéler le trésor de la nature de bouddha,
Comme l’oreille manquante d’un tigre,
Comme les balzanes d’un cheval.
Son prodige fait que même les êtres obtus en sont touchés
Comme par des flèches tirées à cent pas par Yi l’expert.
Et si une lance atteint sa flèche en plein vol,
En quoi son expertise est-elle neutralisée ?
Qu’une femme stérile se lève pour danser
Quand un nigaud chante,
Ne relève ni du sentiment ni de la conscience.
Mieux ! A-t-elle même besoin d’y réfléchir ?
Un vassal sert son suzerain,
Un fils obéit à son père.
Ne pas obéir ce n’est pas être bon fils,
Ne pas servir ce n’est pas aider.
La pratique des bouddhas patriarches
Quotidienne, sérieuse et sans ostentation
Dans les comportements ordinaires
Semble niaise ou absurde.
Pourtant le fait qu’elle se perpétue
Par exacte transmission mutuelle,
L’a fait nommer « Souveraine parmi les souverains. »

Traduit du sino-japonais par Kengan D. Robert

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Ecrit en 1227, c’est le premier écrit sur zazen au Japon ; Maître Dogen le considérait d’une portée universelle.
Zazen n’est pas une technique pour parvenir à l’éveil ; zazen est en soi la « manifestation de l’ultime réalité… la pratique-réalisation d’un éveil parfait. »
Le Fukanzazengi est chanté le soir dans les temples pendant le zazen.

 

Tazunuru ni sore, dō moto enzū,ikade ka shushō o karan, shūjō jizai nanzo kufū o tsuiyasan. Iwan ya, zentai haruka ni jinnai o izu, tare ka hosshiki no shudan o shin zen. Ōyoso, tōjo o hanarezu, ani shugyō no kyakutō o mochiuru mono naran ya. Shikare domo, gōri mo sa areba, tenchi haruka ni hedatari, ijun wazuka ni okoreba, funnen toshite shin o shissu. Tatoi,e ni hokori,go ni yutaka ni shite, betchi no chitsū o e, dō o e,shin o akiramete, shōten no shiiki o koshi,nittō no henryō ni shōyō su to iedomo, hotondo shusshin no katsuro o kikessu.
Iwan ya, kano gion no shōchi taru, tanza roku nen no shōseki mitsu beshi,shōrin no snin in o tsutauru, menpeki kusai no shōmyō nao kikoyu. Koshō sude ni shikari,konjin nanzo ben zezaru. Yue ni subekaraku koto o tazune go o ō no gegyō o kyū subeshi. Subekaraku ekō henshō no taiho o gaku subeshi. Shinjin jinen ni datsuraku shite,honrai no menmoku genzen sen. Inmo no ji o en to hosseba, kyū ni inmo no ji o tsutomeyo. Sore sanzen wa jōshitsu yoroshiku, on jiki setsu ari. Shoen o hōsha shi, banji o kyūsoku shite, zennaku o omowazu, zehi o kan suru koto nakare. Shin i shiki no unten o yame, nen so kan no shikiryō o yamete, sabutto hakaru koto nakare, ani za ka ni kakawaran ya. Yono tsune, zasho ni wa atsuku zamotto shiki, ue ni futon o mochiu. Arui wa kekka fuza, arui wa hanka fuza. Iwaku, Kekka fuza wa, mazu migi no ashi o motte hidari no momo no ue ni anji,hidari no ashi o migi no momo no ue ni anzu. Hanka fuza wa, tada hidari no ashi o motte migi no momo o osu nari. Yuruku etai o kakete, seisei narashimu beshi. Tsugi ni migi no te o hidari no ashi no ue ni anji, hidari no tanagokoro o migi no tanagokoro no ue ni anji, ryō no daiboshi,mukaite ai sasou. Sunawachi shōshin tanza shite, hidari ni sobadachi migi ni katamuki, mae ni kugumari shirie ni aogu koto o ezare. Mimi to kata to taishi, hana to hozo to tai seshimen koto o yōsu. Shita ue no agito ni kakete, shin shi ai tsukcj me wa subekaraku tsune ni hiraku beshi. Bisoku kasuka ni tsūji,shinsō sude ni totonoete, kanki issoku shi, sayū yōshin shite, gotsu gotsu toshite zajō shite, kono fushiryō tei o shiryō seyo. Fushiryō tei ikan ga shiryō sen. Hi shiryō. Kore sunawachi zazen no yōjutsu nari.
Iwayuru zazen wa shūzen ni wa arazu. Tada kore anraku no hōmon nari, bodai o gūjin suru no shushō nari. Kōan genjō, rarō imada itarazu. Moshi kono i o eba,ryū no mizu o uru ga gotoku, tora no yama ni yoru ni nitari. Masa ni shiru beshi, shōbō onozukara genzen shi, konsan mazu bokuraku suru koto o. Moshi za yori tataba, jojo toshite mi o ugokashi, anshō toshite tatsu beshi, sotsubō naru bekarazu. Katte miru,chōbon osshō, zadatsu ryūbō mo, kono chikara ni ichinin suru koto o. Iwan ya mata, shikan shintsui o nenzuru no tenki, hokken bō katsu o kosuru no shōkai mo, imada kore shiryō funbetsu no yoku gesuru tokoro ni arazu, ani jinzū shushō no yoku shiru tokoro to sen ya. Shōshiki no hoka no iigi tarn beshi,nan zo chiken no saki no kisoku ni arazaru mono naran ya.
Shikareba sunawachi,jōchi kagu o ronzezu, rijin donsha o erabu koto nakare. Sen itsu ni kufū seba, masa ni kore bendō nari. Shushō onozukara zenna sezu, shukō sara ni kore byōjō naru mono nari.
Oyoso sore, jikai tahō, saiten tōchi,hitoshiku butchin o ji shi,moppara shūfū o hoshii mama ni su. Tada taza o tsutomete, gotchi ni saeraru. Manbetsu sensha to iu to iedomo, shikan ni sanzen bendō subeshi. Nan zo jike no zajō o bōkyaku shite, midari ni takoku no jinkyō ni kyorai sen. Moshi ippo o ayamareba, tōmen ni shaka su.
Sude ni ninshin no kiyō o e tari, munashiku kōin o wataru koto nakare. Butsudō no yōki o honin su, tare ka midari ni sekka o tanoshiman. Shika nomi narazu, gyōshitsu wa sōro no gotoku, unmei wa denkō ni ni tari. Shukkotsu toshite sunawachi kūji, shuyu ni sunawachi shissu.
Koi negawaku wa, sore sangaku no kōru, hisashiku mozo ni naratte, shinryū o ayashimu koto nakare. Jikishi tanteki no dō ni shōjin shi, zetsu gaku mu i no hito o sonki shi, butsu butsu no bodai ni gattō shi, soso no zanmai o tekishi seyo. Hisashiku inmo nam koto o nasaba, subekaraku kore inmo naru beshi, hōzō onozukara hirakete juyō nyoi naran.

 

La Voie est fondamentalement parfaite. Elle pénètre tout. Comment pourrait-elle
dépendre de la pratique et de la réalisation ? Le véhicule du Dharma est libre et dégagé
de toute entrave. En quoi l’effort concentré de l’homme est-il nécessaire ? En vérité, le
Grand Corps est bien au-delà de la poussière du monde. Qui pourrait croire qu’il existe
un moyen de l’épousseter ? Il n’est jamais distinct de quiconque, toujours exactement là
où l’on est. A quoi bon aller ici ou là pour pratiquer ?
Cependant, s’il y a un fossé, si étroit soit-il, la Voie reste aussi éloignée que le ciel de la
terre. Si l’on manifeste la moindre préférence ou la moindre antipathie, l’esprit se perd
dans la confusion. Imaginez une personne qui se flatte de comprendre et qui se fait des
illusions sur son propre éveil, entrevoyant la sagesse qui pénètre toutes choses, joint la
Voie et clarifie l’âme, et fait naître le désir d’escalader le ciel lui-même. Celle-là a
entrepris l’exploration initiale et limitée des zones frontalières mais elle est encore
insuffisante sur la voie vitale de l’émancipation absolue.
Ai-je besoin de parler du Bouddha qui était en possession de la connaissance innée ? On
ressent encore l’influence des six années qu’il vécut, assis en lotus dans une immobilité
totale. Et Bodhidharma, la transmission du sceau jusqu’à nos jours a conservé le
souvenir de ses neuf années de méditation devant un mur. Puisqu’il en était ainsi avec
les saints d’autrefois, comment les hommes d’aujourd’hui peuvent-ils se dispenser de
négocier la Voie ?
Vous devez en conséquence abandonner une pratique fondée sur la compréhension
intellectuelle, courant après les mots et vous en tenant à la lettre. Vous devez apprendre
le demi-tour qui dirige votre lumière vers l’intérieur, pour illuminer votre vrai nature.
Le corps et l’esprit d’eux-mêmes s’effaceront et votre visage originel apparaîtra. Si vous
voulez atteindre l’éveil, vous devez pratiquer l’éveil sans tarder.
Pour sanzen, une pièce silencieuse convient. Mangez et buvez sobrement. Rejetez tout
engagement et abandonnez toute affaire. Ne pensez pas : « Ceci est bien, cela est mal. »
Ne prenez parti ni pour ni contre. Arrêtez tous les mouvements de l’esprit conscient. Ne
jugez pas des pensées et des perspectives. N’ayez aucun désir de devenir un B. Sanzen
n’a absolument rien à voir avec la position assise ou la position allongée.
A l’endroit où vous avez l’habitude de vous asseoir, étendez une natte épaisse et placez
un coussin dessus. Asseyez-vous en lotus ou bien en demi-lotus. Dans la posture du
lotus, vous placez d’abord votre pied droit sur votre cuisse gauche, et votre pied gauche
sur votre cuisse droite. Dans la posture du demi-lotus, vous vous contentez de presser
votre pied gauche contre votre cuisse droite.
Veillez à desserrer vos vêtements et votre ceinture, arrangez-les convenablement.
Placez alors votre main droite sur votre jambe gauche et votre main gauche (tournée
vers le haut) sur votre main droite; les extrémités des pouces se touchent.
Asseyez-vous bien droit, dans l’attitude corporelle correcte, ni penché à gauche, ni
penché à droite, ni en avant, ni en arrière.
Assurez-vous que vos oreilles sont dans le même plan que vos épaules et que votre nez
se trouve sur la même ligne verticale que votre nombril.
Placez votre langue en avant contre le palais; la bouche est fermée, les dents se
touchent.
Les yeux doivent rester toujours ouverts, et vous devez respirer doucement pas le nez.
Quand vous avez pris la posture correcte, respirez profondément une fois, inspirez et
expirez. Inclinez votre corps de droite et de gauche; et immobilisez-vous dans une
posture stable. Pensez à ne pas penser. Comment pense-t-on à ne pas penser? Au-delà
de la pensée (hishiryo). Cela en soi est l’art essentiel du zazen.
Le Zazen dont je parle n’est pas l’apprentissage de la méditation, il n’est rien d’autre
que le Dharma de paix et de bonheur, la pratique-réalisation d’un éveil parfait. Zazen est
la manifestation de l’ultime réalité. Les pièges et les filets ne peuvent jamais l’atteindre.
Une fois que vous avez saisi son coeur, vous êtes semblable au dragon quand il arrive à
l’eau et semblable au tigre quand il pénètre dans la montagne. Car il faut savoir qu’à ce
moment précis (quand on pratique Zazen), le vrai Dharma se manifeste et que dès le
début on écarte le relâchement physique et mental et la distraction.
(Quand vous vous relevez, remuez doucement et sans hâte, calmement et délibérément.
Ne vous relevez pas subitement ou brusquement. Quand on jette un regard sur le passé,
on s’aperçoit que la transcendance à la fois de l’éveil et du non-éveil, que mourir assis ou
debout, ont toujours dépendu de la vigueur de zazen. )
En outre, l’ouverture à l’illumination (dans l’occasion fournie par un doigt, une
bannière, une aiguille, un maillet, l’accomplissement de la réalisation grâce à un chassemouches,
un poing, un bâton, un cri, tout cela) ne peut être saisie entièrement par la
pensée dualiste de l’homme. En vérité, cela ne peut pas davantage être connu mieux par
l’exercice de pouvoirs surnaturels. Cela est au-delà de ce que l’homme entend et voitn’est-
ce pas un principe antérieur aux connaissances et aux perceptions ?
Ceci dit, il importe peu qu’on soit intelligent ou non. Il n’y a pas de différence entre le
sot et l’avisé. Quand on concentre son effort d’un seul esprit, cela en soi, c’est négocier
la Voie. La pratique-réalisation est pure par nature. Avancer est une affaire de
quotidienneté.
Dans l’ensemble, ce monde et les autres, à la fois en Inde et en Chine, respectent le
sceau du Bouddha. La particularité de cette école prévaut : dévotion à la méditation
assise tout simplement, s’asseoir immobile dans un engagement total. Bien que l’on dise
qu’il y a autant d’âmes que d’hommes, tous négocient la Voie de la même manière en
pratiquant Zazen. Pourquoi abandonner le siège qui vous est réservé à la maison pour
errer sur les terres poussiéreuses d’autres royaumes ? Un seul faux pas, et vous vous
écartez de la voie tracée toute droite devant vous.
Vous avez eu la chance unique de prendre forme humaine. Ne perdez pas votre temps.
Vous apportez votre contribution à l’oeuvre essentielle de la voie du Bouddha. Qui prendrait un
plaisir vain à la flamme jaillie du silex ? Forme et substance sont comme la rosée sur
l’herbe, la destinée semblable à un éclair-évanouie en un instant.
Je vous en prie, honorés disciples du Zen, depuis longtemps habitués à tâter l’éléphant
dans l’obscurité, ne craignez pas le vrai dragon. Consacrez vos énergies à la Voie qui
indique l’absolu sans détours. Respectez l’homme réalisé, qui se situe au-delà des
actions des hommes; succédez à la dynastie légitime du satori des patriarches.
Conduisez-vous toujours ainsi, et vous serez comme ils sont. Votre chambre au trésor
s’ouvrira d’elle-même, et vous en userez comme bon vous semblera.

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Sutra chanté lors de la cérémonie du matin, mais aussi lors des rituels funéraires. Supplique adressée à Kannon, bodhisattva de la compassion, destinée à nous protéger du malheur.

 

Namu kara tan no. Tora ya ya. Namu ori ya. Boryo ki chi shifu ra ya. Fuji
sato bo ya. Moko sato bo ya. Mo ko kya runi kya ya. En. Sa hara ha e shu
tan no ton sha. Namu shiki ri toi mo. Ori ya. Boryo ki chi. Shifu ra. Rin to bo.
Na mu no ra. Kin ji ki ri. Mo ko ho do. Sha mi sa bo. O to jo shu ben. O shu
in. Sa bo sa to. No mo bo gya. Mo ha te cho. To ji to en. O bo ryo ki. Ru gya
chi. Kya ra chi. I kiri mo ko. Fuji sa to. Sa bo sa bo. Mo ra mo ra. Mo ki mo
ki. Ri to in ku ryo ku ryo. Ke mo to ryo to ryo. Ho ja ya chi. Mo ko ho ja ya
chi. To ra to ra. Chiri ni. Shifu ra ya. Sha ro sha ro. Mo mo ha mo ra. Ho chi
ri. I ki i ki. Shi no shi no. Ora san fura sha ri. Ha za ha zan. Fura sha ya. Ku
ryo ku ryo. Mo ra ku ryo ku ryo. Ki ri sha ro sha ro. Shi ri shi ri. Su ryo su
ryo. Fuji ya. Fuji ya. Fudo ya fudo ya. Mi chiri ya. Nora kin ji. Chiri shuni no.
Hoya mono. Somo ko. Shido ya. Somo ko. Moko shido ya. Somo ko. Shido yu
ki. Shifu ra ya. Somo ko. Nora kin ji. Somo ko. Mo ra no ra somo ko. Shira
su omo gya ya. Somo ko. Sobo moko shido ya. Somo ko. Shaki ra oshi do ya.
Somo ko. Hodo mogya shido ya. Somo ko. Nora kin ji ha gyara ya. Somo ko.
Mo hori shin gyara ya somo ko. Namu kara tan no tora ya ya. Namu ori ya.
Boryo ki chi. Shifu ra ya. Somo ko. Shite do modo ra. Hodo ya. So mo ko.

[/vc_column_text][/vc_tta_section][vc_tta_section title=”Gojūshichi butsu 五十七仏” tab_id=”1571522301721-ffce74d8-ecf1″][vc_column_text]

Hommage à la lignée des Bouddhas et des patriarches chinois et japonais jusqu’à Maître Keizan Jokin (1268-1325) considéré comme le 2e grand fondateur e l’École Zen Soto au Japon, après maître Eihei Dogen.

 

Bibashi Butsu Daioshō
Shiki Butsu Daioshō
Bishafu Butsu Daioshō
Kuruson Butsu Daioshō
Kunagonmuni Butsu Daioshō
Kashō Butsu Daioshō
Shakamum Butsu Daioshō
Makakashō Daioshō
Ananda Daioshō
Shōnawashu Daioshō
Ubakikuta Daioshō
Daitaka Daioshō
Mishaka Daioshō
Bashumitta Daioshō
Butsudanandai Daioshō
Fudamitta Daioshō
Barishiba Daioshō
Funayasha Daioshō
Anabotei Daioshō
Kadimora Daioshō
Nagyaharajuna Daioshō
Kanadaiba Daioshō
Ragorata Daioshō
Sōgyanandai Daioshō
Kayashata Daioshō
Kumorata Daioshō
Shayata Daioshō
Bashubanzu Daioshō
Manura Daioshō
Kakurokuna Daioshō
Shishibodai Daioshō
Bashashita Daioshō
Funyomitta Daioshō
Hannyatara Daioshō
Bodaidaruma Daioshō
Taiso Eka Daioshō
Kanchi Sōsan Daioshō
Daii Dōshin Daioshō
Daiman Kōnin Daioshō
Daikan Enō Daioshō
Seigen Gyōshi Daioshō
Sekitō Kisen Daioshō
Yakusan Igen Daioshō
Ungan Donjō Daioshō
Tōzan Ryōkai Daioshō
Ungo Dōyō Daioshō
Dōan Dōhi Daioshō
Dōan Kanshi Daioshō
Ryōzan Enkan Daioshō
Taiyō Kyōgen Daioshō
Tōshi Gisei Daioshō
Fuyō Dōkai Daioshō
Tanka Shijun Daioshō
Chōro Seiryō Daioshō
Tendo Sōkaku Daioshō
Setchō Chikan Daioshō
Tendo Nyojō Daioshō
Eihei Dōgen Daioshō
Koun Ejō Daioshō
Tettsū Gikai Daioshō
Keizan Jōkin Daioshō

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Témoignage

Témoignage d’un nouveau pratiquant à la retraite d’automne

 

Bonjour,

j’ai écrit ce qui suit dans mon journal lorsque je réfléchissais à mon experience de la sesshin. Je voulais le partager parce que j’ai vraiment adoré faire partie de cette expérience avec cette chaleureuse sanggha. Je suis nouveau mais je me sens déja comme membre d’une nouvelle famille. Faites-en ce que vous voulez, je voulais juste partager. (Je m’exprime mieux en anglais donc voici mon témoignage en anglais).

 

October, 2018

“Zazen was rough. I found the experience quite alienating at first. The austerity of the whole thing. The weird chanting I didn’t understand. The blackness of everything. The rituals and ceremonies I found unnecessary. Not to mention the Keisaku! It felt like battle every time I went to zazen. So much resistance! Even up to the last zazen! I almost didn’t go but decided not to resist. And I’m glad I did go.

I was usually unable to maintain posture for the whole 1h30. But for the last one, I decided to give it my all, to have the determination to follow through. It ended up being the most effortless zazen of the whole weekend. The final bell rang and after a brief word from the Godo regarding a mind of no profit, no attachment, no permanence, we proceeded to prostration (which I enjoyed by then) and chanting. It was like being struck by lightning. The rolling of the drums, the depth and synchronicity of everyone’s chant was jaw dropping. I had to pause to take it all in.

I think it was at this moment I realised this practice wasn’t all about the ceremony but about the connection we had formed as a Sangha. Sitting in silence for 6 hours a day, working together during Samu, sleeping under the same roof. All these rituals I had so much resistance towards were secondary to the connection we had formed. I think this is the most important thing I learnt this weekend. By the end of it, I felt apart of a big family.

The formalities of rituals are not the essence of zen for me, they are but a mere framework. They contain the essence but are not the essence. Only when it is shared, that one can experience the beauty of it all. Not in the mere doing, but in the mere sharing, do I think ritual has its place.

I don’t know if Zen Buddhism is for me. I wish the importance wasn’t so much on the form but the depth of the values we cultivate. Or maybe values are just an illusion of the ego. I don’t know. The form is the practice after all but I still feel like importance should be placed on the role of compassion, altruistic love, gratitude and all the wholesome qualities one can nurture in one’s practice. Rather this than when it is appropriate to wear such and such a robe for instance. I’m scared to get lost in ritual if the focus is on the form, not the intention of the practice.

Zazen is beautiful and everybody has there own path in Zen. This is the start of mine. I’m just glad I have these wonderful people along to share the ride.”

C’est ma façon de dire merci.

Meilleurs voeux

T. 

Non classé

Maître Sekito et “Le chant de la hutte au toit de paille”

 Le chant de la hutte au toit de paille

Par Sekitō Kisen (Shitou Xiqian) 700-790

J’ai construit une hutte au toit de en paille où il n’y a rien de valeur.
Après manger, je me détends et fais un somme.
Lorsque la hutte fut achevée, des pousses apparurent.
Maintenant la mauvaise herbe recouvre tout.

L’homme dans la hutte y vit paisiblement
Pas contraint à intérieur ni à extérieur.
Là où vivent les gens ordinaires il ne veut pas vivre,
Ce qu’aiment les gens ordinaires il ne l’aime pas.

Bien que la hutte soit petite elle contient l’univers entier.
Sur dix pieds carrés un vieil homme illumine les formes et leur essence.
Un bodhisattva du Grand Véhicule a une foi absolue.
Les hommes du commun ne peuvent s’empêcher de douter : Cette hutte périra-t-elle ou pas ?

Périssable ou non, le maître originel est présent
Et ne réside ni au nord, ni au sud, ni à l’est, ni à l’ouest.
Enraciné dans la persévérance, cela ne peut être surpassé.
Une fenêtre brillant sous les sapins verts ne peut être comparée

Ni aux palais de jade ni aux tours de vermeil.
Rester assis la tête couverte, toutes choses sont au repos.
Ainsi ce moine des montagnes ne comprend plus rien du tout,
Il vit là où il est et ne fait plus d’effort pour se libérer.

Qui pourrait avec fierté disposer des sièges pour séduire les disciples ?
Dirigez votre lumière vers l’intérieur et faites demi-tour.
La source infinie et inconcevable ne peut être affrontée ni évitée.
Rencontrez les vieux maîtres et soyez intime avec leur enseignement.

 

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Commentaires de Étienne Zeisler lors d’une retraite en Suède au printemps 1988

Maître Sekito Kisen , est l’un des plus grands maîtres de la Chine et auteur du San Do Kai, qui fait parti des quatre textes fondamentaux du Zen Soto incluant le Shin Jin Mei de Sozan, le Shodoka de Yoka Daishi, I’Hokyo Zan Mai de Tozan. Sekito Kisen a également écrit Soan Na Gin, « Le Chant de la hutte au toit de paille ».
Le poème de Sekito traite de l’esprit frais, de la conscience, de zazen. La hutte au toit de paille est aussi un poème sur l’esprit, sur l’esprit vivant, l’esprit réel et à travers la poésie on peut en parler plus profondément.

Une hutte, une simple hutte, une hutte au toit de paille. Une petite maison simple, la moins chère des maisons, à l’image de la posture de zazen. C’est très simple, l’enseignement le plus simple. Aussi, Maître Deshimaru disait toujours que zazen c’est revenir à la condition normale, à la simplicité.
Construire une hutte au toit de paille… Les gens n’aiment pas les huttes. Ils veulent de belles maisons, de belles villas. Dans la vie c’est pareil : ils veulent de belles philosophies, de la religion avec des décorations, qui vous explique tout sur après la mort. « Vous pouvez aller au paradis, aller dans la Terre pure. » Mais Sekito ne construit qu’une hutte, là où il n’y a rien de valeur.

………

J’ai construit une hutte au toit de paille où n’y a rien de valeur.
Après manger, je me détend et fais un somme.
Quand la hutte fut terminée, les pousses apparaissent et se répandent.
Maintenant la mauvaise herbe recouvre tout.

Les pousses, c’est la même chose que les pensées du mental. Vous vous asseyez en zazen et les pensées apparaissent. L’observation vient, mais en même temps vous comprenez que ces pensées n’ont aucune valeur. Si vous vous concentrez seulement sur la posture, peu importe la mauvaise herbe, on ne peut s’échapper des illusions. Et si vous comprenez qu’elles n’ont aucune valeur, la vie devient plus facile. Calme, calme, c’est la vrai liberté. Vous sentez au fond de vous-même cette aisance, la liberté de l’esprit, de l’esprit profond. Alors, vous construisez une hutte au toit de paille sans rien de valeur à l’intérieur, vous vous détendez et faites un petit somme, pendant que l’herbe se forme et recouvre tout…

Maître Dogen écrivait dans le Gen Jo Koan : « Même si vous aimez les fleurs, elles fanent, même si vous détestez La mauvaise herbe, elle pousse. » C’est pareil pendant zazen : même si vous n’aimez pas l’illusion, elle arrive, même si vous aimez l’Éveil, si vous aimez Bouddha ou Dieu, ils vous échappent toujours. Alors, même si vous détestez l’herbe, elle pousse, parce que c’est sa nature, elle ne pense pas en termes d’aimer ou de haïr. Ce sont les gens qui créent l’amour pour les fleurs et la haine de l’herbe. Ils aiment le satori mais haïssent l’illusion.

Le soleil brille sans penser qu’il est chaud, qu’il donne la vie, qu’il brille. Le soleil est simplement le soleil. C’est pareil avec la nature. La nature ne s’excuse jamais. Cela signifie suivre, suivre le mouvement de la Vie. Mais suivre n’est pas courir après quelque chose, pas plus que rejeter quelque chose. Sekito dit : « L’homme dans la hutte vit paisiblement. » La pratique c’est toucher cet esprit paisible, ne rien rejeter, ne rien attraper. Si vous courez après la paix, la paix devient seulement artificielle.

Alors, dans la hutte au toit de paille, en paix, vous pouvez comprendre intuitivement qu’il n’y a rien de valeur. C’est également une règle du dojo : on n’y entre pas avec des objets personnels de valeur, rien de valeur ne peut entrer dans le dojo. Mais l’esprit ordinaire ne peut le saisir. Revenir à votre esprit originel a plus de valeur, à l’image de la pratique de zazen. Revenir à la condition normale de l’esprit, revenir à notre éternité, à l’immortelle réalité. L’esprit ordinaire ne peut pas comprendre ce qu’est l’esprit éternel, mais la pratique de zazen elle-même est Bouddha. Seul Bouddha peut reconnaître Bouddha.

Pendant zazen, votre dimension devient la plus élevée, même si vous vous sentez fatigué, découragé. C’est la vie, les herbes apparaissent, mais ne suivez pas vos opinions personnelles : « J’aime, je n’aime pas », restez coller à la pratique, au-delà des catégories personnelles. Alors dans son dépouillement, l’humble hutte au toit de paille a une grande valeur : c’est le plus grand des dons, pas pour soi-même ou pour son propre plaisir, mais pour tous les êtres sensibles.

………………………….

Une hutte, une hutte de paille.
L’homme dans la hutte y vit paisiblement, sans attaches au-dedans ni au-dehors. 

Zazen signifie sans attaches, sans liens. Il y a un autre bouddha, le Bouddha Hotoke, dont le nom signifie « sans attaches ». Nous devons nous comprendre nous-mêmes profondément, trouver le vrai soi-même, complètement. Questionner et se comparer aux autres à ce sujet est inutile. Les gens aiment questionner les autres. Les psychologues, les psychanalystes, etc. Mais à propos de l’esprit profond, vous ne pouvez questionner les autres. Vous ne pouvez demander aux autres d’aller aux toilettes pour vous. Non, vous devez y aller vous-même. « S’il vous plaît, faites zazen pour moi. » Non, inutile. « Mangez pour moi. « Non, impossible. Sur la vraie réalité, sur le sens de la vie, vous ne pouvez questionner les autres, vous devez en faire l’expérience par vous-même.

Dans la vie ordinaire, il est possible de marchander, d’échanger. « Travaillez pour moi et je vous donnerai un salaire. » Sur un plan ordinaire, c’est possible. Mais profondément, sur un plan profond, ce genre de marché est impossible. « S’il vous plaît, mourez pour moi » non, ce n’est pas possible. « Respirez pour moi », ce n’est pas possible non plus.

Dans ce sens, le Zen enseigne la simplicité. Marcher avec ses propres pieds, respirer avec ses propres narines, manger avec sa propre bouche. C’est aussi l’essence du samu. Si je ne fais pas samu, personne ne peut le faire pour moi disait un vieux moine.

En termes de vie profonde et de travail spirituel, il n’est pas possible de demander et de déléguer aux autres, ça n’est d’aucune utilité. Par exemple, pendant zazen, kinhin ou les repas, ne pas chercher à imiter ou croiser le regard des autres. Aussi, ne pas suivre les opinions personnelles limitées et changeantes. La pratique c’est plutôt retourner le regard vers l’intérieur. Seulement vous-même pouvez abandonner l’ego.

Les gens vraiment religieux vivent de cette façon, sans liens, sans se limiter aux catégories. Si vous le faites, l’esprit devient étroit et les « ismes » apparaissent : bouddhisme, christianisme, capitalisme, communisme. La vraie vie n’est pas un « isme ». Vivre sans attaches au-dedans ni au-dehors, c’est la vraie joie, la voie vers la pure liberté.

………………………….

 

L’endroit où les gens ordinaires aiment vivre, il n’aime pas y vivre.
Ce que les gens ordinaires aiment, il ne l’aime pas.

Cela ne signifie pas qu’il faille fuir la société, retiré du monde. Vous devez comprendre ce qu’est une personne ordinaire en vous-même. C’est comme pendant le sutra des repas où nous offrons un petit morceau de nourriture aux gakis. Les gakis sont les êtres affamés. Alors donner aux gakis devient une offande pour aider les autres. Souvent, machinalement, je mange le pain des gaki. Alors je ne suis plus concentré, pas vigilant. À ce moment-là je comprends qui est le gaki… Ne fuyez pas les autres, ne vous échappez pas du moment présent. Les gens ordinaires, les sages, Dieu, l’homme vivent au même endroit. 

Dans un monastère, pour les moines, tout devient la Pratique, le Travail. Du point de vue ordinaire le moine fait les mêmes actions qu’un travailleur ordinaire. Mais l’état d’esprit est différent, l’esprit illumine les phénomènes. Il crée la vraie valeur. Chez les gens ordinaires, c’est le contraire, ils demandent toujours aux phénomènes d’éclairer la vie. Alors, bien sûr, Ils ne sont jamais satisfaits. Ils veulent obtenir, retenir, protéger. Zazen signifie couper avec cela.

Si on cesse d’écouter les paroles ordinaires, le monologue intéreur, les ruminations du mental, alors on peut entendre le véritable chant de enseignement. Comme pendant zazen, vous pouvez observer et comprendre quand les pensées apparaissent. Alors vous entendez le vrai enseignement à travers votre corps.
La pratique de zazen est l’actualisation de l’enseignement, la véritable paix.

Menton rentré, épaules détendues, la nuque dans le prolongement de la colonne vertébrale, on pousse le ciel avec la tête.

………………………….

Maître Sekito continue :

Même si cette hutte, cette maison est petite, elle contient tout l’univers.
Sur un mètre carré, un vieil homme illumine les formes et leur essence.

Dogen dit la même chose dans ce poème : « Ce monde, À quoi le comparer ? À la goutte qui tombe du bec de l’oiseau aquatique et réfléchit le clair de lune ». À travers zazen, on arrive à le comprendre intuitivement, subjectivement. Quand une personne pratique zazen, elle influence tout le système cosmique. Tout l’univers est enraciné en moi. « Moi et l’univers avons la même racine » nous dit cette phrase très célèbre. Aussi, la science moderne le certifie objectivement. Les recherches en physique quantique nous montrent que l’infiniment petit et l’infiniment grand, se réflètent l’un dans l’autre comme des vases communicants. Science et recherche spirituelle ne sont pas du tout opposées. Il faut illuminer la forme et l’essence.

Dans cette toute petite hutte, un mètre carré pour pratiquer zazen, devient très vaste, c’est très grand. C’est ici, le moment de l’instant. Pas après la mort, pas au Tibet, pas au Japon, Ici et maintenant. Dans cette toute petite hutte, on peut le comprendre profondément. L’esprit devient très vaste lorsque vous comprenez la forme et l’essence. Sur un zafu, un vieil homme illumine toutes les formes et leur essence. Sans attachement, sans liens, sans coagulation.

………………………….

 

Le bodhisattva du Grand Véhicule a une foi absolue.
Les gens ordinaires ne cessent de douter.
Cette hutte périra-t-elle ?

Maître Deshimaru disait toujours : « La suspicion et le doute sont comme un renard sauvage qui ne peut suivre une seule voie. » La pensée ordinaire est toujours ainsi, c’est le mental qui ne cesse de faire douter. « Qu’est-ce qui est mieux pour moi, zazen ou le yoga ? Peut-être un peu de zen, peut-être un peu de yoga … » Toujours comme un renard sauvage. Dès que la pratique devient un peu difficile, ils s’échappent. C’est à travers les difficultés que vous pouvez créer un esprit vraiment profond. Peu de gens sont ainsi. Mais la vie n’est pas si longue, même si l’on vit cent ans. Très vite le cercueil arrive. On fait attention, on mange des légumes, de la nourriture macrobiotique afin de vivre plus longtemps, mais un accident arrive et très vite on meurt. Maître Kodo Sawaki disait : « Si vieillir c’est devenir un sac de maladies, mieux vaut mourir rapidement. »  

Le bodhisattva a une foi absolue. Il n’a besoin de rien, pas d’argent, pas d’auto, pas de satori, pas de vie. Il pratique avec sa seule détermination, sa seule conviction, comme un flèche qui décoche et file dans une direction. Il devient ainsi réellement libre et sans inquiétude. C’est la grande Voie du Mahayana

« Le bodhisattva du Grand Vehicule a une foi absolue. Les gens ordinaires doutent toujours. Cette hutte périra-t-elle ? »… Est-ce que zazen est bon ou pas si bon ? Les gens qui ont mal à la tête ne viennent pas au zazen. Par contre, quand c’est l’heure de manger, ils ne s’échappent pas. Voilà une foi hésitante, une pratique à deux vitesses. Si vous regardez zazen du point de vue d’une foi hésitante, tout est mieux que zazen : les vacances, le yoga, plein de choses sont meilleures. La foi absolue c’est quand zazen est meilleur que n’importe quoi d’autre.

Mais ce zazen là ne peut être compris par des consciences ordinaires. « Les gens ordinaires ne cessent de douter. » Vous devez diriger votre esprit vers ce très grand véhicule. Ce n’est pas facile, ça dérange l’égoïsme. Vous pouvez perdre votre vie, mais ne perdez pas votre temps précieux. Maître Dogen disait : « Ne pensez pas d’une manière ordinaire, habituelle, commune. » Sensei disait souvent : « Faites s’élever votre véritable originalité. » Comment pratiquer la Voie ? La réponse à cette question profonde de l’humain est une réponse silencieuse. Pendant zazen. vous pouvez le comprendre clairement. Donc, ce bodhisattva est le plus grand idéal, le plus haut espoir.

 

………………………….

Périssable ou non, le maitre originel sera présent,
Alors, ne doutez pas, qu’il vienne du nord, du sud, de l’est ou de l’ouest.
Reposant dans l’immobilité et ne peut être surpassé.
Une fenêtre brillant sous les pins verts
ne peut être comparée à un palais de jade ou à une tour d’or (de vermeil).

C’est un très bon zazen ce matin, tranquille, un peu endormi peut-être, mais sans le doute. Mais, l’après-midi, le soir ce n’est plus pareil. L’esprit subit différentes conditions, même en un seul jour. « Cette hutte périra-t-elle ou non ? » Certains pourraient faire zazen, d’autres non mais ils ne se laissent pas distraire par les phénomènes qui passent et les questions humaines. « Le maitre Originel sera toujours présent » Que préférez-vous, du café ou du thé ? On se fatigue à penser : je n’aime pas zazen, j’aime zazen, je crois en Dieu, je ne crois pas en Dieu. Quoi qu’il en soit « Le maitre originel est présent », l’authentique vérité toujours présente depuis le commencement des temps, à travers tous les temps, le temps infatigable.

Tout le monde a un endroit où il demeure, tous les gens demeurent quelque part, même en enfer, partout. La vérité ne vient pas d’un endroit spécial, du nord, du sud, de l’est ou de l’ouest. Vous pensez : « Je veux aller dans un temple japonais, en Inde, pour rencontrer un grand maitre. » Ce n’est pas nécessaire. Vous n’avez pas besoin d’un grand maître, un petit maître est suffisant pour vous. Revenez seulement à zazen, toujours à zazen. Si votre corps tombe malade, il peut être soigné rapidement par la médecine, mais si votre esprit se contamine, c’est une contamination éternelle.

Un jour, un disciple demanda à son maître « Pourquoi Bodhidharma est-il venu d’Inde en Chine, de l’ouest vers l’est ?» Ryoshu répondit « La Chine est dans le jardin. » Cela veut dire : la vérité est ici, juste ici, pas au sud, à l’est, à l’ouest ou au nord. Ce n’est pas une fabrication humaine limitée par les catégories humaines, non, c’est l’ordre cosmique.

Le San Do Kai, un autre poème de Sekito, commence ainsi « L’esprit du grand sage de l’Inde s’est transmis », à partir du Bouddha. De cette manière, le sud et le nord n’existent pas. Le sixième patriarche Eno existe, Sekito existe et aussi Jinshu. À partir d’Eno le Zen s’est largement répandu, avec Jinshu aussi mais avec une petite erreur : comment obtenir le satori ? Alors Jinshu fonda l’école du Nord, Eno l’école du Sud. Mais le vrai maître est au-delà du nord et du sud, il ne peut aller ni demeurer quelque part. 

Quoi qu’il en soit, périssable ou non, le maitre originel est toujours présent. Mais si vous voulez attraper quelque chose, si vous faites des catégories, vous ne pouvez en saisir le sens. Le nom de la vérité n’est ni l’est, ni l’ouest, ni le sud, ni le nord ; ce n’est pas le bouddhisme, le catholicisme, l’islamisme, le communisme. La vérité ne peut être situé en un lieu statique. Le lieu illimité est ici et maintenant, toujours en mouvement.

…Périssable ou non, le maitre originel est toujours présent.

Personne ne vit éternellement, même les pyramides d’Égypte deviendront du sable et partireront en poussière. Les créations humaines ont une date d’expiration, mais le maître originel est toujours présent, au-delà du périssable. On ne peut expliquer cela, le saisir avec l’intellec. Notre nature est bouddha elle-même ne peut être comprise par la raison. Sensei disait souvent : « Pendant zazen, vous devenez Bouddha, lorsque votre posture est exacte, vous devenez Dieu. »

………………………….

Maître Dogen a écrit un chapitre du Shobogenzo, « Gyoji », la vie et la pratique de tous les grands maitres et patriarches zen. À la fin, l’essence et la racine de cette pratique sans fin, c’est zazen. Même si vous avez des difficultés, une vie difficile, il n’y a pas contradiction, continuez zazen.

Sensei disait toujours : « Vous devez continuer, comme une goutte d’eau, drop, drop, drop, qui tombe à la même place. À la fin, elle peut percer un gros rocher. Pratiquez zazen à l’image de cette goutte. »

Cette pratique doit devenir unité avec votre vie. Pas de dualité. La foi absolue signifie l’unité. Comme les deux mains en gassho. s’il y a unité, il est possible de continuer. Sinon, l’opposition arrive. Beaucoup de gens viennent aux retraites et restent un jour, deux jours, ensuite ils disparaissent. « Zazen est bien, mais c’est trop difficile pour moi. ». Quand les difficultés apparaissent, la persévérance est nécessaire. La pratique sans fin, gyoji. Elle devient unité avec notre vie, notre vie sans fin. La vie continue automatiquement jusqu’à la mort. La pratique doit être en unité et enracinée dans l’éternité. Tout le système cosmique est enraciné dans l’éternité. Patiemment, continuez, come la goutte qui transperce le roc.

Une planète ne dit jamais : « Je veux changer de système solaire. » Le soleil ne fait pas la grève. Il continue sans fin. À partir de ce « sans fin » une vie fraîche apparaît. Kodo Sawaki disait : « Lorsqu’une chose dure toute la vie elle peut devenir grande, sans limites. Si elle ne dure qu’un peu de temps, c’est beaucoup moins intéressant » Il est très important de persévérer dans la pratique de zazen. Une fois par jour, une fois par semaine, une fois par mois, ok mais continuer. Ne pas arrêter. Enraciner la pratique dans la persévérance, sans fin, non stop.

Dans la religion, seule l’éternité est intéressante. La non-éternité l’ai moins. Les gens sont toujours intéressés par l’éternité. Mais ça, c’est point après point. Ça doit devenir une pratique. Pas seulement une pensée. Gyoji veut dire la pratique sans fin, du matin au soir. Tout devient sans fin. Se lever, manger, zazen, samu, aller aux toilettes, tout devient la pratique sans fin. À ce moment-là chaque chose devient comme une cérémonie. Se concentrer d’instant en instant, de moment en moment, c’est la pratique d’éveil. C’est l’éternité dans notre vie. La réalité, le sens de l’éveil du Bouddha Shakyamuni, c’est cette reconnaissance dans instant. L’esprit de bouddha existe seulement dans l’instant mais il ne peut se réaliser que dans notre vie ; seulement par la durée, la pratique sans fin.

………………………….

Alors, Sekito dit :

C’est le plus haut, il ne peut être surpassé.
Une fenêtre brillantte, sous les pins verts ne peut être comparée à un palais de jade ou à une tour d’or.

Cette retraite est exactement une fenêtre brillante sous les pins verts. Ce paysage très simple apparaît. Une petite maison, des pins, un lac…

Le jade et l’or sont des choses de valeur. Mais Kodo Sawaki disait : « Le satori veut dire perdre. » Pas gagner, mais perdre. Dans les livres, on lit : « Obtenir le satori, avoir le satori. Mais ce n’est pas ainsi. Perdre, perdre. » Dogen dit, à propos du sixième patriarche, Eno : Quand Eno était avec son maitre, il n’eut pas le satori, il perdit son honneur, il perdit la face. En Chine, c’est très important de ne pas perdre la face. Tout ce à quoi les gens ordinaires donnent k plus de valeur, il le perdit. Il devint le sixième patriarche.

Un palais de jade, une tour d’or, un esprit intelligent, il y a beaucoup de choses précieuses. Mais au fond de votre esprit, précieux ou non précieux, noble ou vulgaire n’existent pas. Torcher ce fond de votre esprit, c’est le satori. Comprendre, se comprendre profondément C’est incomparable. Quand je fais un lumen, je compare, je compare beaucoup. Mais ce n’est pas vrai. La vérité est ce qui ne peut être comparé. Tout à coup, on dit : « Oui, c’est ainsi, c’est comme ça. » Comme quoi ? Comme, comme. . . « Comme » n’est pas nécessaire.

Chaque personne est absolue. « Enracinée dans l’action sans fin, elle ne peut être surpassée. Une fenêtre brillante sous les pins verts ne peut être comparée à un palais de jade ou à une tour d’or. Alors, ce moine des montagnes ne comprends plus rien. Il vit là où il vit et ne fait aucun effort pour se libérer. » Dans les journaux vous pouvez lire com-ment vous libérer. Par le yoga, par te Zen, mangez ceci, mangez cela, ayez le satori par
des super-méditations. Stupidité juste une pratique égoïste. « C’est très bien pour moi. Je deviens très profond. • « Ce moine lie comprends rien et ne fait aucun effort pour se libérer. » Ça, vous devez le comprendre à partir du fond de votre esprit. Un commentaire n’est pas utile. Ne pas aller ailleurs, ne pas me libérer. C’est, je pense, la plus haute liberté.

………………………….

Assis, la tête couverte, tous les phénomènes s’apaisent, le moine de la montagne ne comprend rien. Qui voudrait disposer des sièges pour charmer, séduire des disciples.

Les moines chinois se couvraient la tête à cause du froid. Les radiateurs n’existaient pas et, comme ils étaient rasés, ils avaient froid à la tête. Ils mettaient le kesa sur la tête. Il existe des dessins qui montrent Bodhidharma assis dans une grotte, la tête couverte par son kesa.

Faire zazen en plein hiver, c’est très profond. En hiver, tout est calme, comme la mort. Vous devez comprendre mieux que moi, tout est calme, calme, calme. La chaleur aussi c’est bien, ausi le climat influence le corps, influence l’esprit. Quand il fait froid, zazen n’est pas pareil que lorsqu’il fait trop chaud. Sensei disait : « Pour la pratique de zazen, un endroit froid est meilleur. »

Mais zazen lui-même signifie aussi apaiser toute chose à l’intérieur, purifier tout. Ça dépend des phénomènes, mais ça n’en dépend pas non plus. Les pensées illusoires aussi appaissent, les passions, les complications. Pendant zazen, c’est possible de laisser passer, d’oublier, oublier…

Donc, « ce moine de montagne ne comprend rien. » C’est une tradition zen de donner au visage des moines une expression un peu stupide, simple. Le langage n’est pas compliqué. Comprendre simple-ment. « Avez-vous faim ? — Non. — Avez-vous sommeil ? — Oui. * Seulement ça. Mais l’esprit profond n’est pas idiot du tout. Il est plus profond. Les temps modernes ne produisent pas ce genre d’individu. Ils produisent plutôt des gens intelligents, aigus, vifs. Mais leur esprit profond, primitif est comme celui d’un singe. Il ne recherche que le profit. Juste de l’égoïsme. Les gens ne suivent que leur karma. Ils ne suivent que le monde limi-té. Leur vie est brisée, déchirée, en morceaux. Puis leur coeur éclate et c’est la mort. Il faut cesser de suivre le monde produit par une compréhension limitée, le monde humain ordinaire. Il faut aller vers le monde créé par Dieu. La Bible dit aussi : « Dieu a créé le monde. • L’homme moderne ne croit pas du tout au monde créé par Dieu.
Sekito dit : « Dirigez votre lumière vers l’intérieur et faites demi-tour. • S’il vous plaît, allez vers le monde où existe le créateur, pas un monde sans créateur. Dans ce monde-là, il n’est pas nécessaire de vous libérer. Chaque endroit est un bon endroit. C’est la vraie paix. La foi forte. C’est le monde du créateur.

Maitre Dogen aussi a écrit dans le Fukanzazengi : « Tournez votre lumière vers l’intérieur afin d’éclairer votre véritable nature. Tournez votre lumière vers l’intérieur et revenez à l’origine. »

Zazen, c’est revenir à la source. Mais notre karma limité, notre conscience ne peuvent rêver d’un monde où existe un créateur. On ne peut l’attraper, l’appréhender avec notre cerveau limité. Donc, ce n’est pas la peine de comprendre, de faire des efforts. Ce moine de la montagne ne comprend plus rien.
Sekito dit : « La source est infinie, inconcevable, on ne peut lui faire face ni s’en échapper. Si vous voulez l’attraper, impossible. On ne peut lui faire face.
Mais, du point de vue de zazen, du point de vue de Dieu, du monde infini, on ne peut pas non plus s’en échapper. Même les fous, les vieux sages qui font zazen deviennent Bouddha. Zazen ne connaît ni la qualité ni la quantité. Sensei disait : « Les gens qui disent que j’ai le satori sont fous. Il vaut mieux devenir fou, aller à l’hôpital se faire faire des piqûres. De nombreuses religions apparaissent, à Paris aussi. On fait de la propagande de secte : « Venez à mon zazen, c’est le meilleur. » « Qui peut disposer des sièges pour séduire, charmer les disciples » dit Sekito. Après, le maitre s’échappe avec la caisse. Ils ne comprennent pas ce qu’est le véritable trésor. Ce qui est dans la caisse n’est pas important. L’argent est utile, mais pas tellement important.

………………………….

Rencontrez les anciens maitres et devenez intimes avec leurs enseignements. Nouez l’herbe pour construire une hutte et ne l’abandonnez jamals. Laissez les siècles passer et reposez-vous totalement. Ouvrez les mains et marchez, innocent.

J’ai expliqué cela pendant la préeparation, dans une conférence sur la transmission. Le Bouddha, Mahakashyapa, Ananda, de maitre à maitre. Bodhidharrna, Eka, Sozan, Konin, Eno, Seigen, Sekito, Yakusan. Le matin, lors de la cérémonie, on récite ces noms : Honshi Shakyamuni Butsu, Shin tan shoso Bodai Daruma Daiosho, Shuso Eihei Dogen Daiosho, Keizan Jokin Daiosho, kaku kaku rekidai no Daiosho, Narabini Somon Kodo Daiosho, Mokudo Taisen Daiosho. J’ai transmis cet esprit merveilleux, le dharma, la vérité continue, chacun ne transmet que cela.

Le Bouddha Shakyamuni, transmit nehan myoshin en Inde, puis it fut transmis d’Inde en Chine par Bodhidharma, puis de Chine voyagea au Japon. Puis, il fut transmis du japon en Europe. Ce nehan myoshin, c’est zazen, seulement cela. Quatre-vingt-dix générations concentrées sur zazen. Entre temps, oui, de nombreux livres, beaucoup de littérature apparut, mais pas I’essence. Tous ces livres veulent expliquer nehan myoshin. Mais les mots, ne peuvent saisir la racine,
par la pratique seulement nous pouvons comprendre nehan myoshin,

L’Inde et la Chine ne sont pas semblables, les coutumes diffèrent, de même entre le Japon et la Chine. Les temps aussi sont différents. Tous les gens sont différents, le karma de chacun est différent, en conséquence l’enseignement aussi. II n’y avait pas de temple en Inde, on faisait zazen sous les arbres. Les temples se développèrent dans la Chine froide. Le Japon, lui, développa la délicatesse. Chaque époque, chaque pays sont différents mais I’essence est la même.

Donc, devenir intime avec les enseignements des anciens maîtres, s’il vous plaît, c’est devenir intime avec cette unique vérité, c’est être intime avec zazen. Gyoji, la pratique sans fin, qui continue depuis toute éternité.

…Rencontrez les anciens maitres et devenez intimes avec leurs enseignements.

Durant quinze ans, Sensei répétait toujours : seulement zazen, seulement zazen, continuez seulement zazen. Notre vie doit être remplie de cette conviction, de cette vérité qui n’est qu’une, qui ne peut-être expliquée ni par l’écrit ni par la parole, c’est être intime avec les enseignements des anciens maîtres. Imprégner complètement son corps et son esprit avec le parfum de la pratique de zazen. Pas de demi-zazen, pas de demi-moitié, de demi quelque chose. Pas d’espace entre moi et la posture.

La tendance humaine est de vouloir regarder, voir ce qui arrive à distance, comprendre, oui, mais pas complètement. Nous devons se laisser remplir par la foi de notre notre pratique. Je ferme la porte, mais je regarde par le trou de la serrure comme un voyeur ? Non, ce n’est pas la Voie. Qu’est-ce que le satori ? Que va-t’il m’arriver ? Non. Zazen, c’est rejeter ce penchant. Zazen, c’est seulement remplir amplement notre vie, notre réalité humaine.

…L’herbe n’a pas bessoin d’être coupée. Liez-la, nouez-la.

Zazen n’est pas si facile, juste la posture, mais c’est la chose la plus haute, la plus élevée, sans mélange, totalement pure. C’est Shobogenzo nehan myoshin, le trésor de la vraie Loi, le merveilleux trésor du nirvana. Ce n’est pas facile. C’est comme dans un vieux koan zen : Un maitre dit à son disciple, to vois ce mât de bambou, monte jusqu’en haut puis, s’il te plait, fais un pas de plus. Le disciple dit : Non, je ne peux pas, je vais tomber, je vais me casser le cou, pour. Pourquoi me demandez-vous cell ? Je suis en colère. Mais, c’est la pratique sans fin, qui signifie faire toujours un pas de plus en haut d’un mât de bambou de cent mètres, même si on a peur, qu’on est effrayé ou découragé, même alors, faites un pas de plus. C’est comme lier les herbes.

Alors, à travers notre vie, notre zazen, notre réalité humaine peut toucher, rencontrer les enseignements des anciens mantes. Alors, s’il vous plait, n’abandonnez jamais cette hutte.

………………….

Ouvrez vos mains et marchez, innocent. Les milliers de mots, l’infinité des conceptions n’existent que pour vous libérer de l’attachement. Si vous voulez rencontrer l’homme immortel dans Ia hutte, s’il vous plaît, ne vous échappez pas de ce sac de peau.

C’est toujours sur zazen, sur l’esprit de la pratique. Ne stagnez pas comme une eau vieille et puante. Ne stagnez pas non plus dans la religion. Rire pendant zazen n’est pas bien. Ce n’est pas important, mais continuer n’est pas bon. Souvent les gens pleurent. C’est pareil, Si vous continuez, ce n’est pas bon. Vouloir cesser n’est pas bon. Concentrez-vous sur la posture, sur la respiration, vous pourrez alors vous arrêter. Donc, ouvrez vos mains et marchez, innocemment. C’est valable pour chaque phenomène qui surgissent à la surface de la conscience. Pas de coagulation.

…Les mille mots

La retraite va se terminer bientôt, le temps passe vite. Vous allez rentrer la maison. Les français rentrent en France, les Allemands en Allemagne, à Uppsala, à Stockholm, ailleurs. Chacun dans sa ville, dans sa rue, dans sa maison. On retourne dans sa ville, à son travail. Ce sont les mille mots. Après la retraite, on redevient étudiant, vendeur, directeur, infirmière. Des gens importants, des pas tellement importants. Tous ces mots n’existent que pour vous libérer de vos attachements, de vos propres liens. Si vous comprenez les mille mots, à partir de la pratique sans fin, c’est une réussite pour la Voie, une réussite pour toute votre vie. L’erreur, c’est de regarder ces mots à partir du mental. La véritable foi, c’est harmoniser, unifier les mille mots. Automatiquement vous pouvez cesser de produire le karma sans fin de votre vie.

Ouvrez vos mains et marchez, innocent — comme les enfants dans la rue qui ne sont jamais effrayés par les voitures : les parents sont anxieux, mais les accidents sont rares. Les personnes ivres sont quelquefois comme ça. Mais iI n’est pas nécessaire de devenir un enfant, ou de s’enivrer. Tous les mots doivent être ainsi. Tous les mots n’existent que pour vous libérer. ll faut créer dans la vie la véritable fraîcheur, nouvelle, toujours nouvelle, la hutte, la hutte au toit de paille.

…Des milliers de mots, l’infinité des conceptions.

Le cerveau ne comprend que les contradictions, l’opposition, c’est l’esprit dualiste. Mais les deux sont nécessaires. un seul côté ne suffit pas. Être rationnel, irrationnel, irrationnel, rationnel. Vous devez équilibrer les contradictions, évitez les mettre en opposition. IL y a une histoire sur un moine qui était dans un arbre, pendu à une branche par les dents. Sous l’arbre, un tigre affamé. Vint un homme qui demanda : « Qu’est-ce que la vérité » ? . Si il répond, le tigre va le manger, s’il ne répond pas, c’est une erreur. Il faut l’entendre dans le sens que que même si on ouvre la bouche, on ne tombe pas. Et même si on garde la bouche fermée, on peut exprimer la vérité. Si vous n’arrêtez pas, tous les mots deviennent alors la véritable liberté, le vrai repos. Laissez passer, laissez passer, laissez passer les pensées.

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Des milliers de mots, l’infinité des conceptions ne sont là que pour vous libérer de vos liens, vos attachements.
Si vous voulez rencontrer l’homme immortel dans la hutte, ici et maintenant, ne vous échappez pas de ce sac de peau. 

L’homme immortel, c’est l’image même du sage. C’est le kanji sen. Taisen Deshimaru l’a dans son nom. Taisen signifie grand sage. Dans mon nom aussi : Senkyo.
Pour l’ordination, j’ai donné le nom de Senshin, l’esprit du sage. Ce sage, même sens qu’immortel, pas mortel, qui ne passe pas.
Les gens ordinaires exactement passent, passent, passent, meurent, meurent, rneurent. Le sage, non. II meurt, bien sûr, mais il ne meurt pas.
Qu’est-ce qui ne meurt pas dans notre vie ? Qu’est-ce qui devient immortel ? Sensei disait : « Face à la mort, qu’est-ce qui devient important dans notre vie ?

C’est le sens du sage immortel, la chose qui va au delà. C’est rencontrer cette immortalité, c’est le voeu de toute l’humanité, de tous les êtres humains. Mais l’ego veut devenir immortel mais à la fin ça ne devient plus très important. On se tourne plutôt vers l’essentiel, rencontrer l’homme immortel dans la hutte, c’est la pratique sans fin, plus important que mille mots.

Les milliers de mots n’existent alors que pour se tourner vers la plus haute liberté. C’est rencontrer l’immortalité. Alors, s’il vous plait, ne vous échappez pas de ce sac de peau… Ne vous échappez pas. Les gens cherchent toujours la grande chose au-dehors. À l’extérieur de leur propre vie. Cela crée la souffrance, la transmigration, l’éternelle réincarnation. Pas pour diminuer l’ego mais pour échapper à ce sac de peau.

C’est la conclusion de Maitre Sekito. S’il vous plait, laissez zazen guider votre vie. Dans chaque instant, rencontrer l’immortalité, la vraie racine, la vérité dans votre propre vie, c’est le plus important. Alors certainement zazen deviendra le plus grand bonheur. Pas seulement pour soi, mais aussi pour les autres, par-delà tous les temps.

Ne vous échappez pas d’ici et maintenant. C’est ce qui a été transmis intimement depuis des milliers d’années, des millions d’années. Shobogenzo nehan myoshin, la vraie racine de l’univers, de tous le phénomènes

Sekito vivait y a bien Iongtemps, mais on peut entendre sa voix encore aujourd’hui…

 

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Maître Sekito Kisen 

Shítóu Xīqiān (700-790) (chinois traditionnel: 石頭希遷; chinois simplifié: 石头希迁; pinyin: Shítóu Xīqiān; Wade–Giles: Shih-t’ou Hsi-ch’ien; Japonais: Sekitō Kisen)

Sixième patriarche disciple de Eno (Hui-neng 638-713) est l’auteur du Sandokai, texte essentiel du zen Soto, mais aussi du Soan No Gin qui peut se traduire en français par “Chant de la hutte au toit de paille” . 

 

 

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