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Raphaël Doko Triet

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Kusen

Kusen donné à la sesshin d’automne 2023

Le kusen est l’enseignement vivant donné pendant la pratique dans le dojo. Au cours de notre dernière sesshin, dirigée par Raphaël Doko Triet , nous avons entendu l’enseignement suivant :

“Lorsque Kodo Sawaki était jeune, il travaillait durement dans un temple. Il était aux cuisines, épluchant, lavant, passant la serpillère. Toujours houspillé par le tenzo. Un soir, fatigué, il s’assoit dans la cuisine et fait zazen. Plus tard, le tenzo passant par-là, le voit et fait gassho, puis se retire. Sawaki est tout à fait impressionné. Ce n’est pas devant Sawaki mais devant zazen que, naturellement, le tenzo ne peut faire autre chose que s’incliner et faire gassho. Cela ne peut être bougé, comme une montagne, comme un océan.

Étudier le Genjō kōan (現成公案)*, c’est l’inviter dans notre vie, dans notre bas ventre. Avec la respiration, comme une vague, qui vient terminer sa course. La posture des mains contre le bas ventre, l’océan du Dharma. Cette partie du bas ventre, en-dessous du nombril, s’appelle kikai, l’océan de l’énergie. C’est là que les eaux de l’océan du Dharma et de l’océan de l’énergie se mélangent.”

*Le Genjō kōan (現成公案) est un texte du Shōbōgenzō (“Le Trésor de l’Œil de la Vraie Loi“), le chef-d’œuvre de Dōgen, fondateur de l’école zen Sōtō.

 

Kusen

Gyogi

Sesshin d’automne 2019

Extrait de Kusen de Raphael Dôkô Triet

Durant cette sesshin, j’évoquerai quelques passages d’un chapitre du Shobogenzo, le chapitre Gyoji, sans doute le plus long chapitre. Pour ceux qui ont pratiqué avec Sensei, ce chapitre évoque de précieux souvenirs. Il l’a commenté au premier camp d’été à la Gendronnière. Le temple était en construction. Et pendant les six sessions d’été, il a évoqué ce chapitre qui parle de la pratique des anciens bouddhas. Gyoji veut dire « la pratique quotidienne » ou encore « la pratique maintenue ». Et ce mot gyoji renvoie à Dokan; l’anneau de la Voie. L’anneau qui n’a ni début ni fin et qui non plus ne connait aucune interruption. Entre la première fois où timidement on rentre dans un dojo, qu’on s’assoit, au début souvent inconfortablement, la première fois que nous nous éveillons au fait de pratiquer, le premier déploiement du cœur de l’éveil, puis les années qui suivent, où la pratique s’affermit, il n‘y a pas d’interruption. C’est comme un anneau qui tourne lentement, continuellement. Dogen dit : « Sur la grande Voie des Bouddhas et des Patriarches, il y a toujours la pratique maintenue. L’anneau de la Voie ne connait aucune interruption. C’est pourquoi, sans dépendre ni de mes efforts, ni des efforts des autres, la pratique se maintient, sans dépendre de quoi que ce soit. » 

Avant de venir ici, je regardais un reportage sur Myasaki Zenji. Il est mort il y a quelques années. C’était le chef d’un des plus grands temples Japonais, le Zenji de Eiheiji. Il est mort à 107 ans. Je l’ai vu à plusieurs reprises lors de voyages au Japon. Même à cet âge avancé, il continuait de pratiquer. Depuis l’âge de 14 ans jusqu’à 107 ans, chaque jour, il est allé au dojo. Chaque matin, quelles que soient les circonstances, les humeurs, le temps, les phénomènes, la guerre. Gyoji, c’est cela, la répétition sans fin. Suivre l’ordre cosmique. Comme le soleil qui chaque jour éclaire la terre sans demander aucun remerciement. C’est ainsi perpétuer quelque chose de plus ancien que nous. Le perpétuer. Le maintenir. En lisant les journaux, on entend souvent dire : « Telle personne s’est faite toute seule. » Penser ainsi, c’est être ignorant, arrogant. Entre shoshin, l’esprit du débutant, gyoji, la pratique, bodai, l’éveil, nehan, le nirvana, il n’y a pas le moindre espace. Il se perpétue sans cesse. 

Enseignement, Kusen, Raphaël Doko Triet

Le paysage de neige

Kusen
Par Raphaël Doko Triet

Ryokan a écrit ce merveilleux poème :

Dans mon ermitage,
j’entretiens mon jardin
seulement pour l’offrir à la volonté du vent.

Poème merveilleux ! Il touche à l’essence même de notre pratique. Cette pratique qui ne repose sur rien, que l’on ne peut attraper. C’est la pratique dans ce qu’elle a de plus magistral, de plus merveilleux ; elle apparaît dans tous nos mouvements, quand nous allongeons le pas, nous levons une main, posons nos bols ; dans notre immobilité, quand nous sommes assis, allongés, debout. La totalité de la vie de Bouddha dans chaque pore de notre peau. Le soi qui rencontre le soi. Lorsqu’on pense à ce soi, plein de choses apparaissent. Au-delà de notre propre pensée. C’est hishiryo, le paysage de neige.

Quand Dôgen était jeune moine, lorsqu’il était en Chine dans le temple de son maître, Maître Nyojo, un moine plus âgé du temple lui demanda pourquoi il était venu de si loin.
Dôgen lui dit : « Je cherchais un maître.
— D’accord, mais pourquoi ?
— Pour enfin rencontrer le Dharma.
— D’accord, mais pourquoi ?
— Pour enfin m’éveiller.
— D’accord mais pourquoi ?
— Pour que lorsque je rentrerai dans mon petit pays, je transmette cette pratique.
— D’accord, mais pourquoi ? »
Dôgen répond mais, à la fin, il n’a plus de mots, plus rien à dire. Là où il n’y a plus de raisonnement, apparaît le coeur de notre pratique, le paysage de neige.

Un maître avait dit : « Allez là où il ne pousse plus aucun brin d’herbe. »

 

Kusen

“J’ai tout transmis, je n’ai rien caché”

Extrait d’un kusen, camp d’été
Par Raphaël Doko Triet
Mai 2015

Voici un extrait d’un kusen de Raphaël Dôkô Triet lors du camp d’été qui a eu lieu à Saint-Alphonse-Rodriguez au Québec au mois de mai 2015

Raphaël DokoTriet

Un vieux Roshi japonais a fait un teisho, dans lequel, un moment, il évoquait le fait que , depuis Shakyamuni Bouddha, de nombreux patriarches ont enseigné. Alors il y a autant de zen que de patriarches.. Mais une chose les réunit tous :  shikantaza, la pratique assise et silencieuse. Zazen lui-même est Bouddha, sans transition. À l’instant où l’on s’assoit, le zazen lui-même est Bouddha, absolument, totalement.
Ce merveilleux trésor se transmet depuis Shakyamuni Bouddha.

Avant de mourir, Shakyamuni Bouddha disait:

“J’ai tout transmis, je n’ai rien caché”

Souvent Maître Deshimaru nous disait “Il n’y a rien de secret”. Lorsqu’au dojo de Paris, certains voulaient mettre des affiches pour d’autres pratiques, invariablement il refusait, pas du tout par mépris. Il disait simplement: “Je ne veux pas que les gens pensent qu’il y a quelque chose d’autre de caché derrière zazen”. Tout est là. Tout est dit. Zazen lui-même est réalisation, est Bouddha. “

Le dojo de Montréal est placé sous la direction spirituelle de Raphaël Dôkô Triet, qui a pratiqué zazen avec Maître Deshimaru dont il était l’un de ses plus proches disciples.

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